lundi 28 septembre 2015

Un trou de mémoire à la Chandler chez le Long-bec

Trou de mémoire Tome 1/2 Gila monster
Pascal Regnauld  - Roger Seiter
Editions du Long-bec
Août 2015

Pascal Regnauld travaille depuis 1995 avec Sokal sur sa série phare Canardo. Roger Sieter quant à lui est historien de formation, et scénariste de nombreuses séries, chez divers éditeurs. On a pu apprécier entre autres ses "Fog" et "Wild river"chez Casterman.
Le nouveau personnage créé ici nous emmène du côté du polar.


San Francisco, époque indéterminée, mais cela pourrait être les années 50.
Sur un des quais en bois du quartier portuaire de Fisherman's wharf, un homme sonné se réveille, blessé à la tête. A ses côtés : un 38 special, et une belle jeune femme blonde… morte, tuée par balles.
La blessure à la tête de celui qui va se révéler le (anti ?) héros de l'histoire, l'a rendu complètement amnésique. Il jette le revolver à l'eau, et prend la tangente. Une carte dans son pardessus lui indique l'hôtel où il semble loger.  Une fois arrivé sur place, il est reconnu sous le nom de Wilson.
Dans sa chambre, il découvre deux passeports, dont un au nom de Milton Gilford , avec une adresse New-yorkaise dans l'Upper east side.
Pendant ce temps, les inspecteurs de police Aaron Carnovsky et Cahal Mc Gowan mènent l'enquête.

Le FBi s'intéresse néanmoins au même moment au meurtre du sénateur Patterson à St Francisco, qui semble d'après les deux flics locaux être relié à ce fait divers macabre.
Si Wilson n'a pas obtenu de renseignements sur son identité auprès de son médecin attitré; à New York, le parrains de la mafia locale Meyer Lansky engage cependant un tueur à gage afin de retrouver celui qui a semble t-il survécu à l'accrochage du port de St Francisco.
Wilson serait-il celui que certains connaissent sous le nom du "Suspectum" (le Gilla monster) ?
"Celui qui ne laisse pas de traces" a intérêt à retrouver la mémoire, ou à bien se planquer correctement, car l'étau se resserre…

©éditions du Long-bec/Regnauld/Seiter
©éditions du Long-bec/Regnauld/Seiter



Cette première partie en 56 pages, d'un diptyque, on imagine, nous immerge avec panache dans l'ambiance des polars des années 50. Le ton est très plaisant, et le dessin de Regnauld, aux couleurs directes, et parfois aux tons sépia, rappelle assez directement le style d'autres amateurs de cette époque. L'aspect quelque peu cartoony , quoi qu'un peu plus réaliste qu'un Lapone par exemple, fait pour beaucoup dans l'attrait de l'album.
Les ambiances sous la pluie des premières planches, entre autres, sentent bon Raymond Chandler et son personnage Marlowe.

L'intrigue est menée avec brio et le suspens bien ménagé, ce qui promet, on l'espère sans trop de réserves, une suite et une conclusion de qualité.
Une belle découverte, recommandée, et un éditeur indépendant, à suivre.


La fiche de l'album sur le site des éditions du Longbec

198

mardi 22 septembre 2015

Dengue : l'Uruguay attaque la France !

Dengue
Rodolfo Santullo & Matias Bergara
Humanoïdes associés
Août 2015

Rodolfo Santullo est un scénariste uruguayen trentenaire, originaire du Mexique, auteur de plus d'une dizaine de romans graphiques. Il écrit chaque mois une rubrique dans le fanzine argentin Fiero, et est le responsable des éditions Belerofonte, spécialisés en comics.
Ce récit, originellement publié en 2012, a paru cette année, simultanément aux USA et en France.

...Un futur proche, dans le Rio de la plata, estuaire créé par le rio Paraná et le rio Uruguay. Une épidémie de Dengue, due à une invasion de moustique porteurs, ravage la population depuis quelques mois déjà. Le ciel est devenu noir de moustiques, l'air est tropical, et les habitants se sont réfugiés dans leurs habitations, équipées pour les plus chanceux de purificateurs d'air.
Au dehors, les corps des malchanceux piqués s'amoncellent…

Le sergent Prozini de la police locale, est face au corps d'un homme retrouvé avec une blessure par balle dans une décharge, chose qui est devenue rare, vue le peu de personnes s'aventurant à l'extérieur.
L'enquête l'amène à rencontrer le professeur Ramiro Gomensoro, responsable de l'institut luttant contre l"'épidémie, dont la victime était un collègue.
Quelques jours plus tard, la télé fait apparaître sur l'écran un jeune homme, muni d'ailes, et ses comparses : des monstres mi hommes mi moustiques. Il s'agit d'humains ayant subit une modification génétique, après avoir contracté par trois reprises la maladie.
Mais "le Prince", tel qu'il se fait appeler, possède quelques arguments : en échange d'une place pour ses semblables au sein de la société, celui-ci propose de repousser la menace des moustiques. Il semble en effet avoir un pouvoir sur les insectes, qui refluent soudainement.

Cette nouvelle donne et la cohabitation entre ces créatures et les humains encore vivant rend la situation très complexe, d'autant plus que le gouvernement en lien avec la plupart des industries toutes puissantes, verrait d'un mauvais œil la perte des avantages liés à la lutte contre l'épidémie.
Une lutte sans pitié va donc s'engager.

P.8 © Humanoides associés/Santullo/Bergara

...Le public français n'avait pas encore eu l'occasion de lire Santullo dans sa langue natale, et il est fort à parier qu'avec ce premier album, et j'espère, le succès qui en résultera, nous aurons l'occasion d'autres traductions.
Car ce récit de soft science-fiction fait directement allusion à nos peurs, nos symptômes sociétaux et nos préoccupations écologiques et médicales actuelles.
Les épidémies de type Dengue sont en plein essor*, et il est donc très intéressant de lire un récit basé sur la suite, aussi fictionnelle qu'elle soit, donnée à cette menace.

Le scénario de l'auteur allie polar traditionnel, avec enquête et rebondissements à caractères mafieux, et réflexions de type scientifique et politique. L'évocation d'un état presque totalitaire, la paranoïa des populations, le rôle négatif joué par les médias, et la toute puissances des sociétés responsables normalement du traitement de la maladie, en sont les principaux éléments.
L'apparition des monstres et de leur leader, qui s'allient au final avec le (bon) flic et une journaliste "star" moins véreuse qu'il n'y parait (Bonilla), amène le côté SF sympa de l'histoire, et on se plaît à penser à des ambiances à la District 9 (Film de Neil Blomkpampf.)

Le découpage est efficace, et le dessin de Matia Bergara, auteur habitant Montevideo, (Uruguay) un peu plus jeune que son collègue, possède le charme de publications françaises indépendantes vues par exemple au sein du label 619 de Ankama. La couverture magnifique, au glaçage recouvrant sur un fond mat une scène très dynamique avec nos deux héros, met grandement celui-ci en valeur.
Les 92 pages de ce récit de science-fiction haletant se lisent avec avidité du début à la fin, et confèrent à nouveau aux 
Humanoides associés le statut d'un éditeur qui sait nous faire découvrir de bons auteurs étrangers de SF, comme à leur grande époque.


(*) Selon les chiffres 2007 de l'OMS, chaque année environ dans le monde, 500 000 cas de formes hémorragiques de la Dengue, dont un grand nombre, chez les enfants le plus souvent, impliquent une hospitalisation. Environ 2,5 % des patients meurent et sans traitement adapté, le taux de létalité de la dengue hémorragique peut dépasser 20 %. Des équipes bien formées et équipées peuvent abaisser ce taux à moins de 1 %1.
(…) L'essor récent (2012) de cette pandémie est expliquée par l'extension de l'aire de distribution des vecteurs (Aedes aegypti notamment, bien adapté aux villes) et des 4 types de virus impliqués. La mondialisation des échanges et l'urbanisation croissante, et peut-être le dérèglement climatique facilitent la circulation de ces virus1. (Wikipedia)

Blog des éditions Belerofonte : http://grupobelerofonte.blogspot.fr/

Une chronique de Dengue, (en espagnole) sur clubdecatadores

Le blog de Matias : http://matiasberg.tumblr.com/
et une interview du dessinateur : http://www.humano.com/blog/le-blog-des-humanos/id/4175#.VgGMBM6IPJw

Lire un extrait sur le site des Humano 

197

vendredi 11 septembre 2015

Another Convention

Attention, ce weekend la librairie sera fermée au 4 place du marché.
Elle est délocalisée pour le 12 et 13 septembre au COSEC de Mably pour 
l'ANOTHER CONVENTION.

mardi 25 août 2015

Au nom du père... dêchu. Physalis frappe encore fort !

Au nom du Père
Luca Enoch Andréa Accardi
Physalis, juin 2015

Au nom du Père est ce genre de bouquin qui ne paie pas de mine, mais possède une maquette suffisamment bien faite et intrigante pour vous attirer l’œil au milieu des autres albums.
Petit pavé au format non conventionnel pour une bandé dessinée : dos carré collé, et intérieur noir et blanc : ça sent bon l'alternatif.
Chez Physalis, nouveau petit éditeur montant, on a déjà aimé :  Catamount, chroniqué ici il y a peu.


Eva est une jeune beauté métisse black, qui  traîne le soir les quartiers mal famés  d'une grande ville indéterminée qui pourrait être dans le sud de la France, ou en Italie, vu l'origine des auteurs.  Elle Zigouille des malfrats, puis, après s'être évaporée, puis changée, passe le reste de la nuit en boite avant de rentrer dans son appartement sécurisé ou elle s'occupe de son père d'adoption handicapé suite à un AVC. Ce type est un ex mafioso planqué, et Eva, élevée à la dure, réalise des contrats, avec sa bénédiction.
Un jour, un quadruple contrat, très difficile, lui est proposé. Elle doit récupérer trois codes permettant de détourner un grosse somme d'argent. Dans quelle embrouille s'est elle fourrée ?...


Les flash-backs d'Eva
Je ne connaissais pas les auteurs, qui ont pourtant déjà publié quelques albums à série chez Soleil, entre autre. Il est fort à parier, néanmoins que, vu le niveau de ce polar bien nerveux et superbement dessinée, leur carrière pourrait connaître un rebond mérité.
Non seulement le scénario, certes assez classique dans le fond, (cf Léon au cinéma par exemple), possède de réelles qualités, avec un supplément d'originalité qui fait la différence, un bon sens du suspense, et une violence revendiquée assez jouissive. Mais le style graphique d'Accardi, avec son noir et blanc à la fois dynamique et aux aplats un peu charbonneux à l'occasion, rappellera par moments aux amateurs celui du grand Jordi Bernet. Une élégance qui fait la différence.

> Un roman graphique impeccable, et une belle découverte.

La page de l'album, sur le site de l'éditeur.

196

jeudi 13 août 2015

Et si on revenait sur...Abe sapiens

Avant de reprendre les chroniques de nouveautés régulières très bientôt, ci-après un survivant des vacances, envoyé sur Facebook en Juillet, pour cause de souci technique, mais de retour ici, à sa juste place. (et toujours dispo en librairie.)

Abe sapiens
Vol 3 Nouvelle espèce
John Arcudi, Mignola, Scott Allie
Dessins : Sébastien et Max Fiumara
Delcourt juin 2014
L'univers tissé autour de Hellboy est riche et se développe en pleine autonomie, encore davantage depuis l'entrée aux enfers du colosse rouge cornu (Hellboy in hell. Dec 2012)
Celui-ci n'a en effet pas connu de nouvelles aventures solo depuis sa mort, ce qui a permis à la plupart de ses acolytes d'être mis en valeur. A l'instar du mutant mi-homme mi poisson Abe sapiens, dont  nous sont contées ci à la fois  les origines (par flashbacks), mais surtout la quête existentielle.
L'invasion de la terre par des créatures monstrueuses et démoniaques, usurpant l'identité et déformant l'apparence des humains qu'elles agressent n'a pas flanchée depuis le tome précédent. Et le Bprd (bureau pour la recherche paranormale et la défense) est sur les dents, tâchant tant bien que mal de la réguler. Pour se faire, la direction souhaiterait récupérer l'agent Abe sapiens qui a choisi de la quitter après les événements intervenus précédemment.
Ce dernier est choqué et cherche des réponses.

Tout au long de ce tome, sa fuite l'amènera à rencontrer quelques humains tentés par des croyances douteuses (mais rassurantes) persuadés que l'adoration de créatures démoniaques est la solution pour intégrer pleinement un monde nouveau. Ce sectarisme ne plaît pas du tout à notre mutant, qui ne souhaite de plus pas être pris pour un de ces monstres. Coincé entre plusieurs feux donc :  son ex équipe, une secte, et le combat à mener, celui-ci va tenter de découvrir au fond de l'océan, qui il est et ce qu'il peut réaliser pour ramener un peu de paix dans ce monde dévasté.
Cet épisode, paru il y a déjà un an passé, magnifiquement dessiné par la fratrie Fiumara est un hommage à peine déguisé à Lovecraft, mais aussi à Stephen King.
Les scènes de la plage avec ces monstres échoués, renvoient directement à l'histoire : "Les monstres d'Insmouth", tandis que la destruction par l'équipe du BPRD des abominations, et cette campagne désolée par les ravages qu'elles ont pu commettre rappelleront aux amateurs les scènes finales de "The Mist".
Quant à la quête désabusée d'un être mi-homme mi-poisson, cherchant sa réelle identité et son destin, comment ne pas l'associer au monstre de Frankenstein de Mary Shelley ?
A cet égard, la scène où celui-ci est agressé sur la plage par un jeune garçon voulant l'abattre, alors qu'il vient de passer un moment serein avec ses amis , et le fait que ce garçon soit "sacrifié" cruellement ensuite par ces innocents, par pure folie, est une des plus belles de ce tome, particulièrement poétique.
Un ouvrage fantastique, dans son terme le plus noble, et digne des plus beaux récits du genre.
A suivre donc, dans le tome 4 paru en Avril dernier.
> Tous publics (à partir de 10 ans), certaines scènes pouvant choquer.

195

mercredi 8 juillet 2015

"Dans les rayons de Nebular", vol. 2 : La cité de l'automobile

Oyez, oyez braves gens !
Aujourd'hui déniché pour vous à la boutique : une belle nouveauté toute chaude sortie le jour même !
> un album présentant des voitures ruuutilaaantes.
... Et des petites pépés.

L'ouvrage grand format s'ouvre sur un bref historique des automobiles, quelques fiches descriptives, et on a ensuite droit à de belles pleine pages présentant un modèle récent ou ancien, avec une pin up... ou pas.

Du bien bel ouvrage, et un cadeau tout trouvé pour les  amateurs et passionnés d'automobiles.

Une présentation sur le site de l'éditeur ici :
http://www.paquet.li/bd/catalogue/1658-la-cite-de-l-automobile

 

jeudi 2 juillet 2015

"Dans les rayons de Nebular", vol. 1 : Bisley en noir et blanc ( "rated X")


Ouverture d'une nouvelle rubrique ce jeudi 02 Juillet : "Dans les rayons de Nebular".
L'idée : sortir, sur un coup de tête, un album des rayons de la boutique, et vous en parler très rapidement, en quelques lignes, et sans l'avoir lu.
Étonnant, non ?
Donc, je résume : je déniche un album qui me fait kiffer, récent, ou pas, je le feuillette vite fait, je prends une photo, et je vous en parle rapidement, histoire de vous mettre (ou pas ?) en appétit.

C'est parti pour le premier titre :
Bloody Mary, de Kevin Eastman, et Simon Bisley.
Chez Nickel éditions. Mai 2014

> Tiens, Simon Bisley au dessin,?  le Simon Bisley de Slaine (réédité chez le même éditeur) : anglais au style violent hyper visuel et musclé. Et Kevin Eastman, le  créateur des Tortues Ninjaaa !
Et.. un dessin en noir et blanc qui explose les pages !?
Bonne mise en bouche.

 

Et à l'intérieur, que vois-je ? des muscles, un corps féminin hyper sexy, nu et hypertrofié, façon Corben, nu et s'offrant dans diverse poses, ...et de la baston, plein.
Bref, un bouquin dont on retiendra surtout l'aspect graphique à première vue (et sûrement à la seconde), mais bon sang, ce dessinateur est capable de nous pondre des petits chefs d’œuvre à chaque page.
Voilà,  c'est dit.
Et le scénario ?? ...bein, on s'en fout un peu non ?

Nb : Ce bouquin format comics, a d'abord paru en 2002 aux éditons USA.

Analyses