lundi 25 avril 2016

"Vers la ville" de Tom Gauld réédité chez 2024.

Vers la ville
Tom Gauld
2024 éditions
Octobre 2015

Ce petit bouquin à la maquette très soignée, en noir et blanc, a été publié originellement chez Bülb comix en Décembre 2004 sous le titre « Move to the city ». C’était l’adaptation livre de strips publiés originellement par cet auteur anglais dans l’hebdomadaire Timeout londonien.
Bülb Comix est une maison d’édition suisse indépendante créée en 1996, très exigeante au niveau artistique. Elle a  d’ailleurs un manifeste que l’on peut lire ici : http://www.bulbfactory.ch/comix/a-propos-manifeste.php

Néanmoins, pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est à dire la réédition de ce livre, et bien, on peut dire que l’auteur a trouvé à nouveau chaussure à son pied avec cette autre petite maison Strasbourgeoise, 2024, créée en 2010, toute aussi précieuse et amoureuse des livres.

©Tom Gauld/2024
De quoi s’agit-il au fait ?
…C’est l’aube. Dans une prairie, une maison isolée. Un homme (jeune) frappe à la porte. Il vient chercher un ami, pour partir en ville, comme l’indique une affiche insérée sous forme d’une vignette, que l’on imagine avoir été placardée quelque part, …contre un poteau ? « Une nouvelle vie s’offre à vous en ville » indique t'elle.
L’un porte un sac à dos, l’autre traine une brouette. Ils ont emporté de quoi dormir, et de quoi manger.
Sous forme de petites scènettes aux dialogues maigres mais humoristiques, l’auteur nous emmène sur les chemins d’une quête, quelque peu fantastique.
Deux nuit s’écoulent.. avant qu’enfin.. les lumières de LA ville apparaissent…

Tom Gauld a choisi un dessin plutôt minimaliste, et le noir et blanc, entouré de couleur jaune, au début (couverture) et à la fin de l’ouvrage (suspens) pour décrire cette mini aventure humaine touchante, entre le strip et le roman graphique.

On ne se mentira pas : la couverture et la maquette en général, très soignée : un papier Munken Print cream 150 gramme et une toile jaune couvrant les 75 % du cartonnage font pour beaucoup dans l’attrait de ce bouquin énigmatique.
Mais, si l’auteur n’a pas choisi la facilité en proposant ce récit dans une collection et une présentation plutôt adulte, on aurait pu tout aussi bien trouver cette histoire dans une collection jeunesse. Les personnages, et le thème s’y prêtant bien.

Un ouvrage tous publics, mignon, précieux, joli, intriguant, sympathique,... mais finalement assez moderne, et sur lequel on pourra réfléchir. Pour celles et ceux qui veulent sortir des sentiers battus.
Tirée de la page de l'éditeur :
http://www.editions2024.com/vers-la-ville/


Nb : Les éditions 2024 proposent d’autres ouvrages de narration graphique, de toute beauté, aux maquettes et reliures diverses et variées, toutes plus belles les unes que les autres. Visitez leur site :



La fiche de l'auteur chez Bülb comix : http://www.bulbfactory.ch/comix/auteurs.php?b=38&a=27#book


samedi 23 avril 2016

Quand t'es dans le désert, avec une tête de cheval mort... Loo Hui Phang et Peeters détonnent.

L’odeur des garçons affamés
Loo Hui Phang/Frederic Peeters
Casterman
Mars 2014

Frederic Peeters fait partie de ces quelques auteurs, au fort potentiel artistique personnel, dont on peut quasiment acheter toutes les productions les yeux fermés. Ici, il n’exécute que le dessin, mais de superbe manière comme à son habitude, en illustrant le récit imaginé par Loo Hui Phang, une auteure ayant déjà pas mal publié chez Atrabile ou Futuropolis, mais dont je n’avais malheureusement personnellement gouté aucun des albums.

Nous sommes en 1872, dans le désert du Texas. Oscar Forrest, photographe de son état, fait équipe avec Mr Sommerset, un géologue dont la mission est de répertorier les gisements, les tribus autochtones, les reliefs; en vue de l’invasion blanche à venir dans ces terres reculées, tel qu’il l’écrit, avec un certain cynisme naturel,  sur les schémas qu’il dessine : « Notes pour un monde parfait ».  Tous deux sont accompagnés par Milton, un jeune garçon blond, homme à tout faire du voyage.
Mais tandis que chacun vaque à ses taches, et qu’une drôle de relation s’établit entre Oscar et Milton, un homme au visage monstrueux les suit et les observe à distance. Un indien un peu mystique les épie aussi, mais sans se cacher.
Cependant, au gré de cette situation assez encline au fantastique, on apprend par flash back le passé peu glorieux de Oscar et les relations qui lient les uns et les autres…tandis que l’ouest sauvage et chamanique va envelopper peu à peu l’ensemble des protagonistes.

©Frederic PeetersTumblr

L’odeur des garçons affamés ne plaira pas à tous les lecteurs. S’il s’agit d’un western dans sa définition géographique et historique, il propose d’abord une ambiance, très cinématographique d'ailleurs.* Les relations sociales qui sous tendent tout le récit sont suffisamment intéressantes, et le suspens du récit assez fort, pour créer de l’attrait. Mais l’aspect chamanique, amené, à la fois par le chez indien (Crazy horse ?), et le don de Milton sur les chevaux sauvages peaufine le tout. L’ambiance fantastique des décors, la présence fantomatique de Stingley, le cow-boy « vampirique » tout comme celle des étranges clichés d’oscar sont autant de points supplémentaires qui offrent à cette histoire un charme subtil, dont la fin « ouverte » n’est qu’un des aspects étranges.
C’est pourquoi, si vous recherchez une histoire classique avec indiens, cow-boys et saloons, vous risquez d’être déçus.
Pour les autres, comme moi, vous ressortirez de cet album avec le sentiment de tenir là un album déjà culte, au charme indéniable. Et je réserve mon jugement pour ne rien trop dévoiler des autres tenants.
...Mais où la scénariste a t’elle été chercher un tel sujet ?

Bravo pour l’originalité.


Nb : une édition grand format (ci à droite), bichromie avec une couverture différente (et jaquette) a été éditée à 22200 ex. (144 pages.)

(*) Façon un Homme nommé cheval, ...ou Missouri breaks.. c'est à dire des films étranges, aux ambiances très particulières, ou le fantastique est omniprésent.

lundi 11 avril 2016

Le western lui va si bien : Matthieu Bonhomme fait un film à Lucky Luke


L'homme qui tua Lucky Luke
Mathieu Bonhomme
Lucky comics
Avril 2016

Dés les premières pages, où l'on assiste en accéléré à la scène de la mort de notre héros, scène de flash back, on sait que cette aventure hommage, et donc cet album, ne va pas nous laisser de marbre et qu'un ton bien spécial va y être employé. 

Page 2, voilà la nuit, la pluie, et Lucky Luke, trentenaire avec dans son dos déjà toutes ses aventures connues, comme un bagage réaliste dans l'ouest créé par Mathieu Bonhomme, qui débarque de manière presqu'incognito dans la ville de Froggy town.
A peine laissé son célèbre Jolly jumper à l'étable, que les ennuis commencent : le shérif fait le malin, et tente de provoquer notre cowboy en duel. Qui ne souhaiterait en effet pas "se faire" le Légendaire Luke ? Lui à qui l'on doit les arrestations de Phil Defer, des cousins Daltons...
Ces éléments, rappelés par les villageois eux-mêmes, font plaisir, car replacés dans un contexte semi réaliste, ils attestent de fait de la même réalité des précédents albums classiques du cowboy. D'ailleurs, page 27, c'est au tour d'un personnage déjà vu dans l'épisode "Règlement de compte" (in "La corde du pendu", Morris & Gosciny, 1982) de faire une apparition tonitruante et bienvenue dans l'histoire.
On pourra essayer, sous forme de jeu, (allez, je vous attends !), de trouver d'autres références aux albums de Morris, mais c'est bien ce "règlement de comptes" qui va graver au fer la trame générale du récit. 

©Matthieu Bonhomme/Lucky comics
Car à Froggy town, où presque tout le monde craint le justicier à la chemise jaune, plus qu'on ne le respecte, les trois frères Bone, affaire familiale et ripoux de la police locale, vont de leur côté jusqu'à le provoquer, pour une raison inconnue. Mais eux le savent... Tandis que Doc Wednesday (ça aurait pu être Doc Holliday, de Règlements de comptes à OK coral, première référence cinématographique : John Ford, 1946 ) est le seul personnage a peu près d'aplomb à avoir un peu de sympathie pour lui. Pauvre Luke, (oh, le jeu de mot !), qui va courir durant toute la première partie du récit après un peu de tabac, cause pénurie, tandis qu'il va prendre sur lui de poursuivre l'enquête que les villageois lui ont confiée dans un premier temps, puis retirée.
L'autre référence cinématographique, c'est celle du jeu de carte de la mort de Wild Bill Hickock lorsqu'il s'est fait assassiner*.
Et c'est ce fil, celui où le héros qui fait de l'ombre doit disparaitre, qui va sous tendre l'essentiel de l'album, rappelant, et ce, dès le titre, le superbe : L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962)

Nombreuses sont les autres images marquantes (L'attaque de la diligence par un indien solitaire, le cheval perdu/abandonné dans la montagne près d'un lac...les mineurs qui partent en expédition punitive...) qui rappelleront des scènes ou des ambiances de westerns classiques aux amateurs. 
La fin, quant à elle, en volte face, avec son message de paix, de repentance, et tout l'espoir qu'elle transmet, clôt de belle manière un récit hommage aux trois grands média que le western a pu compter : les pulps, le cinéma et la bande dessinée. 

...Si Morris serait certainement  content, et ses lecteurs aussi,  c'est donc autant et surtout aux amateurs de western en général à qui Mathieu Bonhomme a pensé j'imagine, en réalisant ce bel album aux ambiances de film.
...Pour un auteur qui nous a déjà donné le superbe Texas cowboys avec Lewis Trondehim, on peu dire que le western lui va très bien.


(*) On pourra voir Wild Bill, de Walter Hill, 1995.

jeudi 7 avril 2016

Les anciens astronautes ne sont pas ceux que l'on croit.

Les anciens astronautes
Vincent Pompetti
TartaMudo
2eme trim 2015

Vincent Pompetti est actuellement sous les lumières, pourrait-on dire, grâce à la série qu’il réalise en collaboration avec Tarek « La guerre des gaules » et pour lequel il dédicace pas mal en festivals. (Voir mon précédent post sur Hectorvadairs). Mais on peut aussi citer Sir Arthur Benton (6 tomes : 2005-2010, Tarek/Perger, dont il a repris le dessin sur les trois derniers.
Cet auteur belge d’origine italienne, magnifie son dessin avec de superbes aquarelles, et ce projet qu’il a mené seul, bien que n’étant plus vraiment une nouveauté, vaut le détour, car il est édité chez une structure indépendante, et vous ne le croiserez peut-être pas forcément chez tous les libraires. 

Un futur lointain. La plaine, planète de la constellation des forêts. Onyx di Chieti, jeune et belle demoiselle blonde douée au tir à l’arc fait d’étranges cauchemars récurrents.
Elle qui vient de la planète Omande, où son père, riche industriel l’a rejetée, est venue étudier ici avec sa soeur afin de peut-être devenir astronaute. Mais aujourd’hui, de faux visiteurs essaient de l’enlever. 
Le capitaine de police Mark, aidé par l’étrange Yulunga, une demoiselle rousse aux pouvoirs étonnants, arrivent à détruire les agresseurs. Il s’avère que ceux-ci sont en fait des humains possédés par une créature invisible prenant possession de leur pensées : le traqueur.
Tout ceci n’est que le début d’une aventure qui va mener ce trio a défendre les intérêts des planètes alentours, aidés par la science pacifique des anciens astronautes, dont fait partie Yulunga.
Superbes planches et philosophie de vie...
©Vincent Pompetti/Tartamudo
On ne peut trop raconter « Les anciens astronautes », qui a d’ailleurs un rapport assez lointain avec le livre du même nom et qui fait référence à une croyance pseudo scientifique, sans dévoiler tout le sel de cette histoire de science-fiction peu banale en bande dessinée.
Vincent Pompetti a subit diverses influences, mais on le sent concerné par des courants assez peu usuels dans le domaine et on prendra un grand plaisir à dévorer son album, en pensant à de vrais romans de SF, et pas un énième récit fantastique dénué de matière.
C’est ce qui force le respect, une fois passé l’admiration pour son superbe travail graphique.
Sur 165 pages plus un cahier graphique, il arrive en effet à nous tenir en haleine avec une histoire passionnante, des personnages attachant, et une philosophie de vie remarquable et pleine de sagesse.


Un très bel album, à part, au charme certain, qui mérite sa place dans votre bibliothèque auprès des classiques SF plutôt typés années 80 que peuvent être Storm, (Don Lawrence), Le Mercenaire (Segrelles), ou Le Vagabond des limbes (Godard/Ribeira), même si d’autres références l’entoureraient aussi parfaitement.

Le site de Vincent Pompetti, où celui-ci propose une édition spéciale, avec jaquette et dédicace.

mercredi 6 avril 2016

Même avec un sonar.. vous ne les verrez pas venir... Runberg répond aux sirènes de Glénat comics.

Sonar
Sylvain Runberg/Chee Yang Ong
Glénat comics collection Flesh bones
Mars 2016

Je ne connaissais Sylvain Runberg que de nom, et avait seulement eu l’occasion de feuilleter Orbital, une série Sf, parmi les  plus populaires des nombreux projets auxquels il a été associés. (SF, Humour, polar, ... il a entre autre repris la série Mic Mac Adam avec André Benn, son créateur.)
Ici, en collaboration avec un jeune malaisien dont c’est la première publication française, il nous entraine dans une histoire maritime sombre et fantastique.

Aujourd’hui au large de la Sicile, un jeune membre de l’équipage d’un bateau de pécheur devient fou et massacre ses collègues. Que s’est-il passé?

Un peu plus tard, Alice, plongeuse émérite est contacté par son ancien ami, qui vient de découvrir l’épave d’un bateau ancien : le Sunhorse.
Il lui demande de venir aider son équipe et participer à cette découverte.
Mais dans les profondeurs, ce qu’ils découvrent sous un amas de roches et de coquillages n’est pas un ancien bateau, mais l’épave d’un yatch des années soixante. Cela est incroyable, d’autant plus qu’une fois à l’intérieur.. ce qu’ils trouvent les laissent sans voix. Et quels sont ces formes fugitives qui semblent les côtoyer entre deux eaux ?
Pendant ce temps, sur un des deux bateaux à la surface.. ce qui devait être une fête va se transformer en cauchemar… La faute à qui ?
Il sera difficile de sauver ne serait-ce qu’un humain dans cette aventure.

Autant le dire tout de suite, le dessin noir et blanc aux trames grises de Chee Yang Ong fait pour beaucoup dans ce comics efficace dés sa couverture au format souple.
Dessin moderne, cadrages serrés, on est un peu dans le style de l’américain Butch Gyce. Est-ce l’analogie avec son récit « Olympus » qui se déroule en partie en mer ? Peut-être, mais on peut les rapprocher ce ci-dit.

En 124 pages, Runberg réussit en tous cas à développer une histoire assez passionnante, aux rebondissements intéressants, en gardant le lecteur accroché au fil malgré les nombreux personnages. L’aspect fantastique est intelligemment amené, le suspens bien maitrisé.. et le final garde un mystère minimum.. qui laisse ce petit sentiment mixe de frustration et d’excitation. Bon signe pour suivre un auteur.
Sa relecture de créatures légendaires n'est pas si vu que ça, et les récits maritimes fantastiques ne sont de toute façon pas l'apanage d'un seul auteur à la mode. (...)

Un bon one shot sans prétention, à ne pas bouder.


Analyses