lundi 16 décembre 2013

Battling boy : un bel hommage aux enfants héros

Battling boy t1
Paul Pope
Urban comics Indies
Octobre 2013

Battling boy, un gosse de douze ans, descendu littéralement des nuages par son père à Arcopolis, mégalopole du futur située au beau milieu d'un désert, assiégée par une horde de monstres.
Arcopolis, harcelée aussi par une bande de goules réfugiée dans les sous-sols de la ville, passant le plus clair de son temps à enlever les enfants du reste de la population.
Au dessus d'eux : un monde de dieux, tel Hasgard, d'où provient Battling boy.

La mission de ce garçon blond : faire ses preuves, alors que le héros d'Arcopolis, Haggard West, vient de tomber sous les coups des goules.
Mais Aurora, la fille d'Haggard, connait les secrets de son père, et compte bien relever le défi elle aussi…


Il s'agit d'une révélation, et il était temps pour Paul Pope, considéré depuis pas mal d'année comme une des grands talents américain de comics alternatif, (et déjà publié à 5 reprises par chez nous, mais peu (re)connu du grand public.)
L'univers de cet auteur est riche, son dessin aux aplats de noirs de plus en plus attachant, et il se pourrait bien que cette fois-ci, avec les couleurs adaptées et une histoire plus que sympathique et originale, la reconnaissance soit au rendez-vous.
Page 4 du récit.
©Urban comics/Paul Pope
Car si Battling boy rappelle, dans l'ordre :  Joe l'aventure intérieure (lu et chroniqué récemment, chez le même éditeur), avec son univers onirique de batailles et de monstres; Omega l'inconnu, (cape et pouvoirs d'un gars normalement ordinaire), Number 8 de Matsumoto, pour ses êtres difformes et fantastiques, dans une décor désertique; ou Amer béton, du même mangaka, pour l'ambiance urbaine, il rajoute, et cela n'est pas étonnant de la part d'un auteur que l'on sait inspiré par toutes les cultures bédéphiles, un hommage à Jack Kirby avec la présence de ces dieux d'Hasgard, (mythologie nordique de Thor, voir ce titre) et ce garçon aux pouvoirs étonnants.
Tout cela pourrait être étouffant, mais est mixé avec tellement de talent, que Battling boy se révèle comme un album très charismatique.

Si je devais retenir une chose de ce premier tome, je dirais que ce récit pose la question de la filiation, et met en avant les responsabilités (et les pouvoirs) laissés aux générations futures.
Comment ceux-ci se débrouilleront avec les problèmes engagés par leurs parents, et sauront-ils faire face et trouver des solutions, sans sombrer dans l'auto satisfaction ?

... Espérons que Batlling boy volume 2, attendu avec impatience, saura apporter quelques réponses à ces questionnements !

Nb : Bien qu'il mette en avant deux héros pré-adolescents, il ne s'agit pas à proprement parler d'un album jeunesse. Ceci dit, la culture comics présente, avec ses références, conserve un niveau de lecture tout à fait facile.
Celui-ci peut donc être conseillé aux jeunes publics, (collège), car il n'est à aucun moment fait état de violences cruelles et/ou de torture, ou d'actes sanguinaires.


> Voir Paul Pope au travail dans son atelier :



mercredi 4 décembre 2013

Melville : il faut tuer le père (et c'est tout !)

Melville, l'histoire de Samuel Beauclair
Romain renard
Le Lombard
Octobre 2013

Rares sont les livres qui vous interpellent dés la couverture, puis par le biais de leurs planches, aux couleurs étranges et inquiétantes.
Melville fait office d'ovni en librairie avec son grand format cartonné à la couverture mat. On ne sait trop à quoi on a à faire, et le bandeau rouge qui le parcourt en large, nous invitant à visionner la version augmentée (sur application) de ce récit, rajoute à la curiosité de départ.

De nos jours, à Melville, Canada, petite ville provinciale de 4000 âmes, Samuel, jeune auteur en devenir, vit avec Sarah, dans l'ex maison de son père, Thomas Beauclair, écrivain connu.
Il a laissé son propre appartement, et essaie tant bien que mal, dans ce coin reculé, de retrouver l'inspiration, pour un deuxième roman. Sarah est enceinte, et on sent bien que leur relation bât de l'aile.
C'est pourquoi Samuel cherche à fuir, encore un peu plus. Pour cela, il répond à une petite annonce au drugstore du coin, et s'improvise peintre en bâtiment chez deux voisins : David et sa soeur Rachel.
Cela se passe bien, et Salmuel fait durer le plaisir en venant régulièrement, en "oubliant" néanmoins de parler de Sarah.
…Rachel et lui tombent amoureux, ...font l'amour… et il en profite pour se livrer sur un épisode de son enfance. Histoire  étrange et tragique contée par son père, qui le hante.

Le lendemain, après s'être une énième fois disputé avec Sarah, qui apparaît de plus en plus comme un personnage étrange, il ne revient pas travailler chez David.
Entre temps, un incendie, en cette période de sécheresse, éclate non loin, embrasant toute la forêt…
Pages 74-75 : le récit du passé, une alternative bienvenue.

Si je ne connaissais pas encore Romain Renard, artiste multiple : scénariste, dessinateur, auteur, compositeur, chanteur guitariste , il a tout de même produit une poignée d'albums dont le déjà remarquable : American seasons.

Il semble que sa technique graphique, pouvant rappeler un mix étrange entre Cromwell (Le dernier des Mohicans) et Emmanuel Lepage, magnifié par une colorisation aux tons sépia, donnant un aspect très fantastique à l'ensemble, a atteint une sorte d'apogée. On entre avec délectation dans ce récit qui sent bon le polar rural, et flirte avec l'étrange dés les premières pages. Cependant, l'intrigue, plutôt poétique louvoie entre ces univers, et nous tient en haleine jusqu'à la 128 eme page.

Pages 2-3 du récit : mise en ambiance...

Le fait d'avoir choisi l'ambiance canadienne et les grands espaces, quoi que ce récit nous entraîne dans une sorte de huit clos, jusqu'aux scènes finales de fuite en forêt, rajoute à l'originalité d'un récit français. Et d'ailleurs, cette fuite de fin de récit se déroulant au milieu des flammes, n'enlève pas cette sensation d'oppression : > Samuel doit s'extirper d'un cauchemar, et il y arrivera, mais pas sans aide.

Romain Renard propose une application sur Ipad gratuite qui dévoile des aspect supplémentaires du livre, mais sur la page Facebook liée, on peut s'immerger dans deux morceaux exceptionnels : "Sycomore dreams" et "la Partie de chasse", qui, dans un style évidemment american folk, font remonter à la surface toute l'ambiance désespérée des années 80 de groupes comme les Woodentops*, ou le chant d'un Chris Isaac.

Au final, un cadeau de découverte majeure : bon roman graphique, et grand artiste musical.

Nb : On peut voter pour Melville sur la page PrixBD Fnac, jusqu'au 16décembre :
http://www.prixbdfnac.com

(*) 31 12 2013 : J'aurais même plutôt du citer Giant sand





mercredi 27 novembre 2013

Un mort ? non, 30 mille. Charly 9 ne reçoit plus.

Charly 9
Guérineau/ d'après Jean Teulé
Delcourt
Octobre 2013

24 Août 1572, Paris, le soir, au château de Vincennes (suppose-t-on). Dans une petite pièce faiblement éclairée, le jeune Charles IX, (1550-1574), seul face à sa mère Catherine de Medicis, son frère et quelques conseillers doit valider l'exécution de son principal conseiller : l'amiral de Coligny, sous prétexte qu'il est le chef du parti protestant.
Celui-ci presse en secret le roi d'intervenir aux Pays bas espagnols sous prétexte que Philippe II y opprime les Huguenots (protestants) . 
Or "lutter en Flandre contre l'Espagne reviendrait à se battre du côté Huguenots et donc s'attirer la colère du pape." d'après Catherine de Medicis (voir extrait plus bas)1

Le jeune roi, hésite, se sent forcé.. On en profite pour ajouter un autre nom à la liste : Rochefoucault, et quelques autres. Oh, si peu… en fait tous les chefs protestants. 
Mais cela risque d'être vu par des témoins !?… 
Il faudra donc s'en charger aussi..  Et c'est ainsi que de 1, la tuerie qui se profile monte à trente mille.
Nous sommes la veille de la saint Barthélémy, et en pleine nuit va se jouer l'un des plus sordides génocides de l'histoire.

Si Jean Teulé est un artiste et que son roman a été un succès de librairie en 2011, Guérineau, que l'on connait entre autre grâce à la superbe série "Le chant des Stryges", co-signé avec Corbeyran, en est un autre, de talent.
Sa mise en page est fluide, et son dessin semi-réaliste a juste ce qu'il faut de cartonny ici pour correspondre à la description ubuesques de cette renaissance et pleine déliquescence, et de la vie de ce prince, au "bon fond", mais si dérangé et influençable*.

…Grouillant de détails et de scènes (dures, mais aussi comiques) plus vraies que nature, cet ouvrage nous plonge intensément dans le quotidien de ce roi perdu et de son époque. On suit ses atermoiements et interrogations au coeur du château de Vincennes ou de Saint Germain en Laye, dans ses marivaudages et crise de folie…jusqu'à se prendre d'affection pour lui.

Les plus : les styles changeants de Guérineau, qui apportent du rythme supplémentaire au récit de128 pages, avec un hommage à Peyo (Johan et Pirlouit) pages 43 à 45;  et le ton de l'histoire, sacrément original.

Nb : Le livre a paru dans la collection "Mirages", mais il s'agit bien pourtant bien de faits réels.
> Une superbe façon de réviser l'histoire de France !

(*) Après ces évènements tragiques, la santé du roi déjà défaillante (troubles perceptifs de la réalité) va régresser, et il contractera semble t-il une Pleurésie, tout en développant de l'Hématidrose (sueurs de sang). Il meurt à l'âge de 24 ans.

1 Extrait du roman de Jean Teulé :


mardi 19 novembre 2013

Sigur et Vigdis : un classicisme magnifié au service de l'histoire

Une couverture magnifique, tout en mélange de détails
et de suggestions à l'aquarelle.
Sigur et Vigdis
T2 Le kourgane
Blary/Loiselet
Le Lombard Oct 2013

On avait repéré la très belle couverture cartonnée grand format aux tons pastels orangés du premier tome, et le contenu historique, apparemment de premier ordre, de cette série consacrée au haut moyen-âge. 
Cette suite enfonce le clou et démontre le talent du duo Blary/Loiselet.

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Début du Xeme siècle, Sigurd est un viking souhaitant intégrer l'ordre des Joomsvikings. S'il y est admis, c'est parcequ'il est un guerrier hors pairs. Mais l'ordre le trahit en détruisant son clan. Il devient donc renégat et s'enfuit à l'aide de la fille du chef : Vigdis.
Ils sont cependant vite rattrapés par l'étendu du maillage de l'ordre, et ne peuvent prétendre rester indépendant qu'à une condition : monter un comptoir commercial pour le compte de ce dernier, dans les régions reculée de l'est, en Bulgarie. Mais il va encore falloir se battre pour imposer ses vues.

Si Loiselet n'est pas un nom très connu dans le domaine scénaristique BD, il l'est peut-être davantage sous le pseudonyme "Navy" avec des récits ésotériques chez Soleil, mais plus encore  au niveau éditorial, pour avoir été à l'origine des revues Bodoï, Pavillon rouge, BDmag, Suprême dimension … 
Passionné d'histoire et de langue arabe, il a trouvé ici l'occasion de donner à découvrir la culture Sarmate et Vikings du Xe siècle.
La chose est suffisamment peu banale pour être remarquée, en tous cas dans l'aspect très documenté et passionnant qu'il nous en propose. La trame du récit est parfaite, alliant suspens, intrigues politiques, batailles sanglantes et scènes naturalistes de toute beauté. Un savant mélange qui autorise un parallèle inattendu avec l'adaptation TV du roman "Le trône de fer" de George R R Martin, tout aussi bien écrite.
Question historique, la dernière fois que j'ai personnellement lu une bande dessinée crédible ou au moins intéressante sur le sujet, il s'agissait de "Reconquêtes", par Miville-Deschênes et Runberg, et de Wotila.


En ce qui concerne l'aspect naturaliste précédemment remarqué, certains d'entre-vous amateurs de la série de Jacques Terpant : Le Royaume de Borée, retrouveront avec plaisir les descriptions magnifiques des paysages sauvages traversés, magnifiés par le style graphique si naïvement réaliste de Blary.

Son dessin au trait m'était inconnu avant cette série, et s'il n'est pas exempt de tout parallèle face au style Terpant, il possède un charme et une sorte de tendresse folle, qui devrait lui assurer un succès public sans tarder. Un classicisme de  cette qualité, cela me rappelle aussi les débuts d'André Juillard.
De plus, sa coloration à l'aquarelle, toute en finesse, apporte une touche personnelle supplémentaire, et sort des standards modernes "tout informatique".

> Sigurd et Vigdis, un petit chef-d'oeuvre en formation, que tout amateur de bande dessinée "classique" et à caractère historique ne doit absolument pas manquer.
Mon coup de coeur de cette rentrée !

Ps : le Kourgane est le nom d'un tumulus bulgare, (tombe antique de seigneurs), qui à l'origine d'un rebondissement bienvenu dans ce ce tome, et lui offre son titre.





lundi 18 novembre 2013

The Cape : plus dur sera la chute...

The Cape
Joe Hill/Jason Ciaramella/Zach Howard
Milady graphics
Juin 2013

Vu l'actualité sur Locke & Key, série phare de Joe Hill chez Milady, arrêtons-nous sur cette autre adaptation(1).

Joe Hill a trouvé en Jason Ciaramella un bon scénariste pour mettre en scène ses nouvelles. Ce dernier est un jeune auteur nominé pour l'Eisner award qui publie chez IDW aux USA et s'est fait remarqué entre autre grâce à cette collaboration. On avait pu le découvrir auparavant aux USA  sur les titres Godzilla, KINGDOM OF MONSTERS, et KODIAK.

Eric et Nicky, deux jeunes frères ont subi un grave traumatisme. En effet, alors qu'ils s'amusaient dans leur jardin étant mômes, Eric, perché sur un arbre en est tombé et a été blessé très gravement. Celui-ci portait une cape avant de chuter, constitué avec le tissu de son doudou d'enfance.
Après l'accident, sa mère lui affirme avoir jeté celle-ci.

Quelques année passent et Eric réussi à séduire Angie, une belle brune qui plaisait pourtant à son frère.
Mais là où Nicky réussit dans ses études de médecine, Eric reste handicapé, dans tous les sens du terme, par son vieil accident.
Il ne fait rien de sa vie, jusqu'au jour où, devant retourner vivre chez sa mère, il retombe sur sa cape, en fait préservée.
Celle-ci révèle alors son pouvoir : celui de faire voler.
Mais Eric a été trop abimé, et c'est en vrai méchant qu'il va aborder son nouveau super pouvoir…

Sur une centaine de pages, ce one-shot délivre un âpre message : la vie est faite d'injustice, et et ce n'est pas une cape magique qui va permettre de guérir une âme blessée.
Joe Hill a écrit une nouvelle dure et anti-morale, quoi que la fin préserve une surprise. 
Si l'histoire est violente, les dessins semi-réalistes de Zack Howard sont fluides et agréables, et le découpage efficace*. L'utilisation de trames rend plus palpable la tonalité dramatique de la plupart des scènes, tout comme la colorisation dans les tons sombres de Nelson Daniel.

Un bon one-shot.

(*) On avait déjà eu l'occasion de parler de lui dans la chronique Aliens, plus qu'humains


(1) Ciramella a depuis publié The Cape 1969, un préquel se déroulant durant la guerre du Vietnam, dont le TPB regroupant les 4 comics a paru en février 2013 chez IDW.

vendredi 15 novembre 2013

Ce week-end à Roanne, c'est convention SF !

A L'Espace congrès, derrière l'hôtel de ville, 
Samedi et Dimanche 16 et 17 Novembre 2013

Les Gardiens de la science-fiction organisent leur deuxième salon/convention SF

> Auteurs BD, dédicaces, expositions, maquettes, déguisements…ça va être la fête.

Nebular store sera là.

Venez nombreux !


Revival : et si on revivait un autre récit ?

Revival T2
Tim Seeley/Mike Norton
Delcourt
Nov 2013
Encore deux auteurs pas franchement connus en librairie par chez nous, qui délivrent un polar rural assez enthousiasmant, avec tout ce qu'il faut de fantastique et de morbide pour nous tenir en haleine.
On attendait ce tome 2 avec impatience, pour vérifier si l'originalité de ce récit et la continuité serait au rendez-vous.
Rappel : 
Cela se passe de nos jours à Wausau, petite commune paumée du Wisconsin, et un phénomène étrange survient : les morts récemment décédés reviennent, comme si de rien n'étaient.
Ca vous rappelle quelque chose ? A moi aussi.
La série française des Revenants n'est pas loin.. sauf que là, les auteurs ajoutent une pincée de sel en donnant un côté quelque peu vengeur à ces amis partis trop tôt.
Il y a comme de drôles de fantômes qui trainent dans la forêt proche, et il se pourraient bien que les revenants ne soient pas dotés des intention les meilleures.. d'autant plus qu'ils ont la fâcheuse tendance à vite s'énerver.

Dans ce tome 2, on retrouve l'officier de police féminin Dana Cypress, sous les ordres de son père Wayne. Celle-ci, aidé par l'étudiant en science Ramin, essaient de gérer la situation au mieux.
Ca vous rappelle encore quelque chose ? Normal, le polar rural à la cote, et Stephen King aussi, puisqu'il est un peu l'inventeur du truc. Sa série Under the dome, diffusée en ce moment à la TV française, donne donc un petit air de déjà vu aux deux scénarios.
Néanmoins, ce comics arrive à garder une identité propre, et la révélation du trafique (cruel) d'organes des ranimés est un des points essentiel de ce volume.
On découvre aussi Lester Majak, vieux ranimé fan de Gym tonic, qui cache apparemment un secret. Quant au père Anders, fâché par les relations entre sa fille et son beau frère, il finit par être accusé de leur meurtre et prend la fuite.
Au passage, on note une scène particulièrement intéressante page 82, où MA, la soeur ranimée sympathique de Dana est témoin d'une scène étrange en passant sur un pont : là où elle croit d'abord voir des fantômes dans l'eau , elle découvre en fait après s'être bien frotté les yeux 3 techniciens en combinaison isolante en train d'analyser des échantillons d'eau de rivière (…)
Cela sent la pollution à plein nez, et là… on pense (un peu) à notre "Apocalypse à Carson city".
Bref, on n'en est pas encore à la redite. Le dessin de Mike Norton est agréable, et les personnages plutôt attachants. Mais la question de savoir qui a eu l'idée de ces scénarios  en premier trotte néanmoins dans la tête à la lecture de "Revival". 

Ca sera mon seul point négatif.
Tim Seeley est aussi dessinateur,
 et son style vaut le détour : 
http://timseeleyart.blogspot.fr

Allez faire un tour sur le blog de Mike : Ihatemike.com

jeudi 7 novembre 2013

"Four Color Fear" traduit, et dispo à Nebular !

Four Color Fear. Comics d'Horreur des Années 50
Wolverton/Frazett...et divers
Diabolo (7 novembre 2013) 

Les éditions Diabolo sont une maison espagnole qui est arrivée sur la marché français cette année.Il se sont fait déjà remarquer (enfin, si peu), avec le titre au format italienne: "Le jeune Lovecraft", (José Oliver et Bartolo Torree, 2 mai 2013) et "La Bible de Wolverton" (17 mai), version du best-seller chrétien en BD, par l'auteur alternatif américain Basil Wolverton (mort en 1978) révélé dans les 40's par sa créature hideuse Lena the Hyena dans une histoire de Lil'Abner ("Al Capp"). Celui-ci a cependant aussi pas mal travaillé pour la revueMad dans les 50's, et a été l'auteur la même décennie d'histoires d'horreur pour Marvel.

Ce sont certaines de celles-ci que l'on retrouve dans cette anthologie d'histoires d'horreur oubliées des 50's, parue chez Fantagaphics en 2010, au milieu d'autres grands noms. On découvre en effet pas mal de compagnies qui ont été cachées par le travail de EC comics à l'époque : Ace, Ajax-Farrell, American Comics Group, Avon, Comic Media, Fawcett, Fiction House, Gilmor, Harvey, Quality, Standard, St. John, Story, Superior, Trojan, Youthful and Ziff-Davis. Et les artistes présentés se nomment : Jack Cole, Reed Crandall, George Evans, Frank Frazetta, Jack Katz, Al Williamson, Basil Wolverton, Wallace Wood, ou : Bernard Baily, L.B. Cole, William Eckgren, Matt Fox, pour les auteurs de couvertures mis en valeur ici.*

 Il faut croire que l'on surfe sur la vague de ce genre très spécialisé, après les parutions Ec comics chez Akiléos et le travail de Delirium pour Warren, (et d'autres initiatives plus chiches chez des indépendants à petits budgets), car je ne m'attendais personnellement pas franchement à trouver une traduction de cet ouvrage de geek en France avant longtemps.

..Le boulot respecte la maquette Fantagraphics, avec une couverture cartonnée, avec jaquette. Un Format petit livre. (23,8 x 17,8 x 3,2 cm), des pages couleur, et un cahier central* d'une dizaine de couverture glacées pleine page.

On peut donc remercier Diabolo, qui commence à s'installer de manière plus que sympathique dans le paysage éditorial comics alternatif et beau livre français, pour cette heureuse initiative.

mardi 5 novembre 2013

Joe Hill nous régale avec Locke & Key


Locke & key
T5 Rouages
Joe Hill/Gabriel Roriguez
Milady comics Oct 2013

C'est comme un film que l'on rêverait de voir, mais qui n'existe pas (encore).
Celui-ci rassemblerait l'univers Lovecraftien, le meilleur de Stephen King, et des réminiscences de trucs 80's qu'on a adoré, du temps où les héros de ciné étaient de jeunes ados boutonneux qui surfaient sur leur skate, volaient en BMX vers la lune, ou collectionnaient les cartes comics dans les paquets de chewing-gum.
Ces temps sont révolus, et Joe Hill joue son Retour du roi, plaçant non pas un anneau, mais de nombreuses clefs au centre de son récit.
Car Locke & key c'est avant tout ça : une histoire fantastique de clefs et de serrures, qui ouvrent un tas de portes aux pouvoirs magiques.
18 clefs connues que l'on va découvrir au fil des épisodes de cette série comics déjà culte outre-Atlantique, et sans doute aussi déjà de ce côté-ci.

Ces clefs, elles ont été forgées à partir du XIIIeme siècle, c'est ce que l'on apprend, finalement tardivement, dans ce cinquième volume.
La première par Benjamin Locke, après la mort de ses parents, pendus par les tuniques rouges. Car nous sommes plongé dés la première page en 1775, à Lovecraft, baie du Massachussets, juste avant la création des Etats-unis. 
Dans ce superbe flash-back, Benjamin rejoint les rebelles dans la grotte nichée au bas de la falaise jouxtant la propriété familiale. Celle-ci, en son sein, vient de révéler une porte magique qui ouvre un passage vers un univers maléfique.
Quiconque la regarde lorsqu'elle s'ouvre est hypnotisé et devient une menace. Il est donc primordial de la tenir fermer.
Les quelques démons qui se sont aventurés au travers et qui n'ont pu s'accrocher à un hôte humain tombent et deviennent de vulgaires formes métalliques noires inertes. Leurs qualités, une fois forgées, leur délivrent néanmoins à chacune un pouvoir particulier.

Une fiche du "Guide des clefs" en fin de volume.
Nb : Un guide officiel de 32 pages a été édité en 2011 chez IDW

Voilà ce que l'on apprend dans cet avant-dernier tome "Rouages", qui explique comment aujourd'hui, la bande d'adolescents descendant des ancêtres Locke : Tyler, Kinsley et Bode (ou son enveloppe), a hérité de tout cela et se bat pour conserver un peu de maîtrise sur cette force, tandis que l'un d'eux : Lucas "Dodge" Caravaggio, revenu d'entre les morts dans le corps de Bode, ne rêve que d'une chose : posséder la clé Omega qui lui permettra d'ouvrir la porte noire à nouveau.
Les Locke n'ont pas dit leur dernier mot…

Magistralement scénarisé par Joe Hill, et superbement dessiné et mis en page par Gabriel Rodriguez, illustrateur chilien au talent fou, Locke & key se dirige à vitesse grand V vers le panthéon des histoires fantastiques du XXIeme siècle, et du Comics alternatif.
On attend le dénouement avec anxiété et un peu de tristesse, mais Il ne fait aucun doute que les droits déjà négociés (par Dreamworks), aboutiront sous peu à une série et/ou un film... à succès.
C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Le mega blog de Gabriel Rodriguez, avec waouuh..., plein d'interviews, de trucs.. de machins !...


Pour se tenir informé des parutions Milady graphics (entre autres)

lundi 4 novembre 2013

Un Havre de paix pour Lucia ? pas si sûr.


Lucia au Havre
Alep/deloupy
Jarjille Sept 2013

Lucia, c'est la patronne de la librairie L'introuvable, à Saint-Etienne.
Les éditions Jarjille nous ont déjà gratifié de trois bons albums mettant en scène cette librairie et l'équipe qui y travaille. 
Ici, on laisse Saint Etienne pour le Havre, où Lucia profite d'une visite à une amie, elle aussi libraire, et du festival Polar local, pour lui amener un stock de livres.

Fabienne, un peu plus jeune qu'elle, est avec Dominique depuis peu et vont se marier dans les jours qui viennent.
Mais un livre, apporté par son amie, qui s'avère avoir été écrit quelques années auparavant par Dominique, amène la suspicion de Lucia qui se met à éprouver d'étranges pressentiments au sujet de celui-ci. 
Il se pourrait que Dominique ait des projets moins heureux pour Fabienne qu'il n'y paraisse…
En effet, d'autres femmes ont au préalable partagé sa vie, mais sont mortes dans d'étranges circonstances.
Une enquête va alors commencer.

Si Alep et Deloupy nous avaient habitué à des récits mettant en avant des hommages à leurs maîtres en bande dessinée, et plus particulièrement à Hergé, dans les précédents albums de ce que l'on peut appeler une "série" (personnages récurrents, thématique de la librairie de bande dessinée et des livres…), on est à la fois heureux et curieux de découvrir ce nouveau chapitre mettant en scène un des antagonistes, dans une histoire se déroulant dans un décor hors région Rhône-alpes.
Et même si dans "Faussaires", les auteurs nous avaient fait voyager à Angoulème, c'est tout un pan de la culture du nord qui nous est ici dévoilé. (Appartement d'Auguste Perret, architecte local, ballade dans les rues et sur le festival Polar à la plage1…)
C'est ce que l'on aime chez Alep et Deloupy : voyager. 

Jean-Claude Denis ? Non, mais un style proche.
Et si on trouvera, plus particulièrement dans cet album, (cartonné, soit dit en passant*), un air de Jean Claude Denis, tant dans le dessin, très rond, que dans le ton (narration fluide, psychologie et humanité des personnages), cela ne constituera pas un point négatif, bien au contraire, puisque l'on situera encore davantage le duo d'auteurs dans la lignée française des bons auteurs de bande dessinée modernes classique. (On reste sur un format, qui, s'il aborde une taille carrée, garde bien ses 47 pages.)

Périple réussi donc pour Lucia, et pour Jarjille, avec un récit qui pourrait tout aussi bien fonctionner en salle cinéma art et essai.


(*) Jarjille prévoir d'ailleurs de proposer cette maquette aux précédents volumes lors de leur réédition.

©Toutes images : Jarjille/Alep/Deloupy

dimanche 27 octobre 2013

Wyzzywig : ce que vous voyez n'est pas ce que vous faites !


Wizzywig : portrait d'un hacker en série
Ed Piskor
Dargaud
Sept 2013

Dur dur de tenir le rythme d'une chronique par semaine;. vous l'avez peut-être remarqué.

Encore un bouquin déniché parmi les piles d'autres BD, par le côté peu courant de son propos, et son aspect : 
> un gros pavé de 297 pages, à la couverture sombre découpée en carrés, où apparaissent les portraits d'un jeune homme à l'identité changeante. Une de ses images, verte fluo, se dégage : serait-ce l'apparence réelle de ce hacker* dont parle le titre ?

Nous sommes dans les années 70, et Kevin J Phenicle est un jeune garçon, fils unique, qui est élevé par sa grand-mère. Il est isolé à l'école, car peu tourné vers les jeux (souvent lubriques) de ses camarades, et se passionne surtout pour tout ce qui touche l'électronique et l'envers du décor. Ayant peu de moyens, il trafique d'abord ses tickets de bus, qu'il réutilise à l'aide d'un oblitérateur de son cru, puis les machines à jeux, le téléphone, les premiers ordinateurs personnels, (l'occasion de se replonger dans les débuts de Mac).
La couverture US chez Topshelf
Il dévient rapidement et sans vraiment s'en rendre compte, un "hacker", sous le pseudonyme de Boingflop, dont l'unique plaisir sera de tricher et de manipuler les machines.

Ed Piskor, américain de Pennsylvanie, signe ici son premier livre solo, après "Macedonia" et "the Beats" (Emmanuel Proust, 2011) de Harvey Pekar, dont il a signé les dessins.
Il finit actuellement un autre roman graphique de loosers intitulé "Deleterious pedigree". Il est aussi l'auteur d'un comic-strip en ligne : "Brain rot", publié  via son site http://www.edpiskor.com.

Extrait de Brain rot sur le site de l'auteur ©Ed Piskor

L'histoire de Boingflop, c'est l'histoire imaginaire (mais fortement inspirée de faits réels) de tout ces hackers, qui ont un jour ou l'autre défrayé les chroniques médiatiques. Souvent de jeunes garçons doués en informatique qui ont montré le pouvoir que l'on pouvait atteindre avec un simple clavier, la connaissance des codes et un connexion réseau.
Dans cet hommage plutôt dramatique, même si Ed Piskor parsème son récit de moments savoureux assez drôles, l'auteur mélange le présent (via des témoignages de personnes qui ont connu Boingflop ou Kevin; et son combat aujourd'hui), et les flashbacks nous permettant de retracer le parcours de ce garçon, de son enfance, jusqu'à son arrestation et son incarcération, puis son procès.
Car si Kevin J Phenicle, traqué, a échappé à la justice de nombreuses années durant, il a au final effectué 6 ans de prison (plus une), sans procès, dans des conditions très dures qui ont abouties à son hospitalisation suite à une agression particulièrement violente.
P7 de l'edition us © Top shelf/Ed Piskor
Wizzywig (en fait : Wysiwyg : what you see is what you got > souci de copyright ?) est un ouvrage moderne, car traitant d'un sujet très contemporain, et bien documenté, mais au ton résolument objectif. Car les divers témoignages émaillant le récit permettent de moduler les propos plus subjectifs et engagés de Winston Smith, le copain de toujours de Kevin, qui ne cessera durant toutes ces années de se battre pour la réhabilitation de son ami, et l'obtention d'un procès, via son émission de radio sur WABCD 108.3 fm.

L'occasion de s'immerger de manière originale dans cet univers si souvent relégué aux faits divers, qui nous interroge sur les notions de propriété intellectuelle, de liberté d'expression, de justice, et du droit lié aux technologies de l'information dans notre société de consommation.

Une lecture donc plus que recommandée, qui n'apporte par vraiment de solution, mais pose la question du prix à payer lorsque l'on choisit un chemin sortant des clous.

(*Hacker, terme anglo-saxon, signifie utiliser une machine dans un contexte différent de celui pour lequel elle a été originellement conçue)

lundi 14 octobre 2013

Valiant comics en français : c'est maintenant !


Xo-Manowar
vol1 : l'armure de Shanhara
Robert Venditti/Cary Nord
Panini 100% fusion comics/Valiant


En 1992, Jim Shooter, ancien rédacteur en chef de Marvel créé les éditions Valiant. l'idée : des publications dont les protagonistes font tous partie du même univers narratif. Les titres phares : Harbinger, Shadowman et Xo-Manowar sont un succès éditorial et public, grâce à la qualité de leurs récits et des artistes participants.
Mais Valiant est au final racheté, et perd pied.
Après de nombreuses rumeurs de renaissance, l'éditeur est enfin de retour en Mai 2012. La série Xo-Manowar est relancée et Robert Venditti passe au commandes pour réécrire ses origines, accompagné du grand dessinateur canadien Cary Nord (Bien connu pour ses superbes Conan scénarisés par Kurt Busiek).
Version 1992

… An 402, Aric de Dacia est un valliant guerrier Visigoth de l'armée d'Alaric 1er. Il combat l'empire romain afin de libérer son peuple. Mais le destin lui réserve un avenir inattendu, le soir où, s'infiltrant parmi leurs tentes, des créatures extraterrestres intervertissent un bébé visigoth avec l'un des leurs. Après une anicroche, ceux-ci emportent Alaric et quelques un de ses guerriers dans l'espace.
Esclaves pendant des années, torturés.. ces derniers n'ont qu'un occasion de s'échapper, s'emparer de l'amurerie. Mais la seule arme qui y trône est une armure magique et vivante, vénérée depuis des siècles, capable de rendre un élu autochtone surpuissant en ne faisant qu'un avec lui.
L'impensable va cependant se produire, qui va changer le destin d'Aric, et le ramener sur terre, mais... dans notre présent.

Il ne fait pas bon être esclave...

...Valiant n'était à ce jour connu en France que par les amateurs de comics acharnés lisant en VO. Le fait que Panini se soit lancé en Septembre 2013 dans la publication de ce relaunch est une très bonne chose.

Mêler l'ancien et le moderne (antiquité et Sf ici) n'est pas chose complètement nouvelle, et on pourra se remémorer Cowboys et envahisseurs, ou dans une domaine plus lointain : le classique John Carter.. mais ce Xo-manowar a le mérite d'allier, à la trame sans défaut du récit , un suspens de qualité et une intrigue, qui, si elle revient sur le principe souvent visité de la vengeance, lui apporte un souffle nouveau.
Car si Aric a montré sa valeur au sein de son époque lointaine lors des scènes d'introduction, et que sa captivité nous plonge ensuite dans une ambiance space opéra dramatique du meilleur effet, (pouvant un peu rappeler la Planète des singes d'ailleurs), lui et son armure vont au final atterrir (au sens propre comme au figuré) sur notre bonne vieille planète, en Italie, provoquant un rebondissement inattendu et très intéressant. 
Quoi de plus paradoxal en effet pour celui qui voulait chasser les romains ?, d'autant plus qu'il est alors traité comme un extraterrestre.  
Et ses anciens maître ne sont pas loin. Intégrés de manière secrète depuis des siècles, ceux-ci comptent bien récupérer leur armure magique. 
On plonge dés lors dans une sorte de polar où le héros devient un fugitif recherché.

L'idée originale de ce relaucnh de Xo-manowar fonctionne à merveille sous les dessins dynamiques de Cary Nord,  et le suspens de cette fin de volume laisse entrevoir des rebondissements intéressants, clôturant celui-ci en beauté, et le rendant particulièrement attachant.

Nb : Le tome 1 d'Harbinger est déjà disponible chez le même éditeur, et les titres Bloodshot , Archer & Armstrong suivront.

dimanche 29 septembre 2013

Tom Kaczynski montre le chemin avec Incivilised books

Derniers tests avant l'apocalypse
Tom Kaczynski
Delcourt
Aout 2013


Tom Kaczynski est un auteur et éditeur né à Gdansk, (Pologne) en 1973. 
Il habite Minneapolis, aux USA, où il publie des comics basés sur deux thématiques : de petits essais sur la technologie, la politique, l'histoire, l'aliénation, et l'utopie (certains d'entre eux sont rassemblés dans un livre intitulé Trans Terra), et des récits plus denses de science-fiction autour de l'urbanisation, dans l'esprit d'auteurs tels J.G. Ballard, William Gibson, and Bruce Sterling, qu'il a créés au sein de la revue MOME de Fantagraphics, l'objet de cette publication.
Il publie aussi d'autres auteurs indépendants au sein de sa structure Incivilised books. (Dont nos David B et Joan Sfar nationaux !) 
Si certains le placent dans la lignée d'artistes indépendants comme Daniel Clowes ou Charles Burns, je n'ai pas tout à fait eu cette impression en lisant l'étonnant "Derniers test".

Cette oeuvre moderne propose une immersion en douze petits chapitres dans les affres de la psychologie humaine, liée à l'urbanisation sauvage que nous subissons.
Monsieur Caysse est le personnage central, un jeune homme dont nous suivons les déambulations et interrogations, au coeur d'une cité qui semble l'engloutir.
Si il y a une vie dans cet univers de science-fiction proche, c'est une vie étrange, quelque peu réglée, superficielle, où l'on croise cependant de drôles de personnages croyant en la nature humaine, telle qu'elle devrait être ou a été. C'est à dire… brute.
Et les corps sont comme des offrandes à la cité, se comportant tel un monstre dévoreur.

Double page intérieure tirée de : http://www.transatlantis.net/blog/

"Derniers test" est un livre rare. Un livre au message poétique très structuré, qui joue de la folie pour faire passer son message écologique.Tom Kaczynski nous promène entre milieu urbain à l'architecture froide, et mieux naturels soit-disant "sauvegardés", dans un style rappelant fortement le Body world de Dash Shaw 
Le futur est mis en relation avec le passé lointain, lors de curieux interludes mettant en scène l'homme de Néanderthal. Mais le découpage précis et lisible du récit ne nuit jamais à la narration. 
"Démonstration" même serait-on tenté de dire… Mais ça ne serait rendre justice au ton libre et dépourvu de prosélytisme de l'auteur.

Christophe Tison, journaliste et noveliste signe un prologue critique très intéressant.

...Entre roman graphique et essai, "Derniers tests" est une réussite, à réserver cependant aux lecteurs avertis, et étudiants curieux de narration graphique et d'anthropologie.


> A lire, (en anglais), une bonne interview de l'auteur sur Comics journal (Dec 2012)

Et le blog de l'auteur : http://www.transatlantis.net/blog/

jeudi 26 septembre 2013

Homeland directive : un air 70's, mais un goût très moderne

Homeland directive
 Venditti Robert –  Huddleston Mike
Urban comics juin 2013
(Oups, celle-là je l'intercale, car vraiment, non  je ne peux pas ne pas en parler.) 
Synopsis de l'éditeur :
Chercheuse émérite de sa génération, le Dr. Laura Regan est à la tête du Centre National des Maladies Infectieuses des États-Unis. Mais lorsqu’un de ses proches collègues est retrouvé mort, le crime lui est immédiatement imputé. Avec l’aide de trois agents fédéraux, convaincus que cette accusation sans fondement dissimule en réalité une conspiration d’envergure gouvernementale, la jeune scientifique va devoir échapper à la traque de mercenaires déterminés, mais aussi d’une équipe de cyber-détectives plus renseignés sur elle qu’elle ne l’aurait imaginé.

Homeland directive est l'exemple typique du titre méritant la création d'une collection comme Urban indies. Un bouquin au fort caractère scénaristique, et à l'aspect graphique sec, qui serait passé inaperçu sinon, car en dehors des normes concevables par l'amateur familial de bande dessinée franco-belge (ou manga).
Dessin au couteau, mise en page intelligente variant suivant les ambiances chaudes ou froides…
Justement, l'ambiance médico-scientifique sous-tendant le synopsis permet des scènes particulièrement réussies, comme celle de l'analyse au microscope, mise en avant sur le site d'Urban (et en bonus dans le livre). Mais nombreuses sont les scènes de suspens ou de poursuite qui rappellent le meilleur du film d'espionnage.
La scène du labo ©Urbancomics/Venditti-Huddleston

Venditti et Huddleston sont déjà connus du public français, (depuis 2004 pour le dessinateur, chez Panini avec Sarcophage), mais il faut bien admettre qu'ils sont un peu enfouis dans la production comics et BD hexagonale, ne surfant pas sur des titres franchement mainstream (Butcher baker, The strain, Clones (Surrogates)… )
Leur talent, réunit ici, permet la réalisation d'un polar moderne nerveux, au fort parfum SF grâce à l'idée du complot scientifique, et qui se finit, tout en gardant une fin ouverte.

Un one shot donc, que je vous recommande. 
Et regardez sa couverture, ne vaut-elle pas l'achat à elle seule ?


lundi 16 septembre 2013

Chemin perdu : un bijou où il fait bon se perdre...



Chemin perdu
Amélie Fléchais
Métamorphoses/Soleil 
Juin 2013

Le livre attire par sa couverture, comme souvent. Mais la maquette particulièrement soignée de ce bel ouvrage moyen format, cartonné, et son illustration de couverture glacée en son centre, dénote une sensibilité pour la lecture jeunesse.
Le quatrième de couverture avec son petit chemin ciselé dans le carton rajoute encore à cette douce singularité.

De fait, Amélie Fléchais est illustratrice pour la jeunesse, et ce "Chemin perdu" est sa première incursion dans la bande dessinée. Elle est aidée pour cela par Jonathan Garnier aux textes.

4 pages de prologue nous content, en illustration pleine page, l'histoire de cette forêt sombre et cruelle, qui attire les hommes pour les dévorer pour l'éternité. Puis, sur les 90 pages suivantes, la jeune auteure nous conte les étranges péripéties de trois jeunes garçons, sensés participer à une course d'orientation dans la forêt, et qui vont se perdre, et rejoindre la grande histoire féérique de ce bois.

Double page issue du blog d'Amélie
©Amélie Fléchais/Soleil

...C'est un beau livre qui nous est proposé là, et Amélie Fléchais sait doser son talent :
Alternant entre planches noir et blanc au style manga (Matsumoto et son Number five est très proche), quelques bandeaux couleur à l'ambiance encore plus onirique, et illustrations couleur pleine page, son récit féérique ne nous laisse pas d'autre choix que de feuilleter pour connaître l'issu de ce récit plus qu'étrange.
On pourra qualifier "Chemin perdu" de fantastique, car on part de la réalité (au moins supposée) pour aller vers l'irréel, et on y revient concrètement avec les retrouvailles d'adultes.

Mais ce qui était proposé en prologue donnait déjà le ton de l'étrange, aussi préférerons nous classer ce livre dans les inclassables, ou en tous cas, dans ces petits bijoux d'édition, qui feront la joie de jeunes lecteurs, d'heureux parents, de bibliothécaires aventureux, et de tout lecteur curieux de se perdre...

Fortement conseillé.




vendredi 13 septembre 2013

Tyler Cross : chaud, rapide, violent et non dénué d'humour


Tyler Cross
Fabien Nury, Brüno
Dargaud, Août 2013

Tout ce que touche Brüno est beau, et ce qu'écrit Fabien Nury est bon. Le fait de voir ces deux associés ne pouvait que présager du meilleur. 

Tyler Cross, grand gaillard quadragénaire sec au visage asiatique anguleux est un tueur professionnel, mais un homme d'une certaine classe dont on devine qu'il possède un bon fond. Ceci dit, son passé ne nous sera que très peu dévoilé dans ce tome.
Il est contacté par un vieux mafieu italien : Di Prieto, qui souhaite jouer un sale tour à son filleul, le "petit con géminé" Tony Scarfo. Celui-ci attend une livraison de coke mexicaine et Di Prieto charge Tyler Cross de l'intercepter.

Tout se passe malheureusement mal pour notre antihéros, qui laisse deux de ses complices sur le carreau, mais réussi à sauver la came.
Paumé dans le désert, à pied, avec sa marchandise dans un petit sac, il va atterrir dans le bled de Brick rock, tenue par la famille Pragg, père et fils, où il va essayer de se faire passer pour un représentant. Mais c'est sans compter avec le banquier véreux (fils n°1), le shériff, petit vicieux tortionnaire (fils n°2), et Stella, blonde pulpeuse mais naïve, la fille du vieux Joe Bidwell, seul "rebelle" du coin, dont les Pragg exploitent illégalement les terres. Stella est promise au troisième rejeton de la grande famille, qui voit d'un mauvais oeil l'apparition de ce gars sortit de nulle part.
Un vrai nid de crotal...

...Quand on prend l'album Tyler Cross dans les mains, on se dit que ce grand format cartonné, à la couverture sympa mais assez classique va devoir déployer des trésors d'imagination pour se frayer un passage dans les piles de nouveautés. Alors évidemment, il a bénéficié de bons passages radio et de bons papiers, ce qui offre l'avantage. 
Mais une fois ouvert… le lecteur est immédiatement rassuré par le style de Brüno, un peu cartoon, toujours aussi beau et classieux, fonctionnel même on pourra dire ici, car il offre un contraste intéressant avec le découpage carré et les dialogues de Nury, tirés au cordeau, parfaitement équilibrés avec la voix off omniprésente. 

Prenons comme exemple les planches 12 et 13. Elles donnent le ton de ce que l'on va trouver ensuite : > C'est chaud, rapide, violent et non dénué d'humour.



©Bury.Bruno.Dargaud

… Si on avait déjà pu goûter au genre gangster avec Brüno dans "Inner city blues", le récit tendu du scénariste de "XIII mystery" et "W.E.S.T", ou "Il était une fois en France" offre un écrin parfait au personnage de Tyler.
Au final, un polar haut en couleur, de 92 pages, qui fait chaud au coeur et assoit les talents de ces 2 grands auteurs.

Analyses