dimanche 28 décembre 2014

Le sourire de Rose : un album tendre et prenant

> Le temps des bilans est là.. et si cet album n'est pas une nouveauté à ce jour, il fait partie des bonnes découvertes de 2014 :
Le sourire de Rose
Sacha Goerg
Casterman
Mai 2014

Desmond Wilson est un trentenaire en passe de divorce, qui vient de perdre son boulot à la banque. il a un fils : Théo, qu'il ne voit que très rarement, car sa femme, un peu revancharde et qui a trouvé un nouvel ami, abuse de la faiblesse de Desmond pour lui spolier son droit de garde.

Un jour d'hiver, alors qu'il sort de l'école, où il n'a pas pu récupérer son fils, il tombe sur Rose, une jeune et belle femme brune , poursuivie par deux individus louches. Malgré lui, et parce que ça n'est pas un mauvais bougre, il va aider Rose et se fourrer dans un drôle de pétrin.
...Le risque en vaudra la chandelle.

Sacha Goerg est un jeune auteur d'origine suisse qui a émigré à Bruxelles où il a co fondé la structure d'édition "L'Employé du moi" avec d'autres passionnés. Édité au sein de cette maison puis chez Dupuis ("Les autres gens"), et Dargaud ("La fille de l'eau", 2012), il signe là un album remarquable.



Pré publié sous forme numérique dans l'excellente revue en ligne Professeur cyclope (#6 à 10, de Septembre 2013 à janvier 2014), le Sourire de Rose a eu la particularité de proposer un procédé de lecture originale : le turbo média. Celui-ci consiste à développer une animation case par case, voire bulle par bulle, qui offre une expérience beaucoup plus dynamique et originale que le simple feuilletage d'une page.

J'ai bien aimé au final :

- Le suspens développé par l'auteur dans ce polar, et le procédé de turbo média mis en œuvre à cette occasion, parfaitement réussi.
- Découvrir cette histoire sous forme d'épisodes, (à partir du chapitre 3 du livre édité en fait, sur Professeur cyclope).

- L'humanité des personnages. leur modernité, leur simplicité, leur naturel. Cette histoire d'amour a quelque chose de réconfortant.

Sacha Goerg a atteint son but : créer un dynamisme adapté à ce scénario course-poursuite, qui fonctionne même une fois "écrasé" sous forme papier. La magie opère toujours, et on apprécierait de revoir ces personnages attachants sur petit écran.


A découvrir : le blog de Sacha, avec la possibilité d'acquérir son fanzine auto-publié", "Nu" : http://sachagoerg.com/professeur-cyclope

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lundi 22 décembre 2014

Magic pen : Dylan Horrocks et l'amour de la bande dessinée

Magic pen
Dylan Horrocks

Casterman Sept 2014
225 p.

Dylan Horrocks est un auteur néo-zélandais connu des publics français grâce à l'Association qui a publié son cultisme "Hicksville" en 2001. (Lire ma chronique d'alors). Ce roman graphique explorait déjà avec justesse l'univers de la bande dessinée, dans une mise en abîme très poétique et documentée.
Un long hiatus a ensuite suivi cette publication chez nous,  malgré ses autres productions indépendantes : "Pickle, Atlas".. dont certains sont d'ailleurs citées au passage ici.

C'est donc avec grand plaisir qu'on retrouve l'auteur dans une traduction bienvenue de Jean Paul Jennequin.
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Sam Zabel est un auteur de comics quadragénaire, dont la vie de famille quotidienne a pris le dessus sur l'inspiration. Cet auteur n'est autre que Mr Horrocks lui-même en réalité, aux vues de certains de ses comics montrés au fil du récit. On retrouve en effet Pickle (l'embarras), récit "autobiographique", mais aussi d'autres, fictionnels, comme Lady night : la reprise d'un personnage fictif des années 50 : "La maîtresse des mystères", créée par Lou Goldman en 1952 (dixit l'auteur).
A l'occasion d'une conférence où il est invité à parler de sa carrière, il rencontre une demoiselle passionnée qui lui fait découvrir un comics de l'âge d'or, créé par un certain Evan Rice : La reine de venus. Ce comics possède une particularité cachée : il permet, lorsque l'on souffle sur un de ses pages, d'être transporté en son sein. Commence alors pour Sam un voyage initiatique, grâce au magic pen, crayon magique qui a permis de dessiner tout un tas de comics qu'il va découvrir au fur et à mesure de ses voyages fantastiques.

"Non, je ne suis pas votre créateur"
Sam sur la planète venus.

"La reine de Venus" et le "Roi de Mars" sont les premiers comics dans lesquels Sam va être projetés. Ces récits de SF peuplés d'amazones attendant leur roi est un bien agréable endroit, mais qui ne convient pas au jeune dessinateur en recherche d'inspiration et surtout de sens à sa vie.

L'apparition d'un personnage secondaire, sorte de guide, petite écolière tirée d'un manga, va lui permettre alors de se rendre dans d'autres univers, et c'est l'occasion pour Dylan Horrocks de nous faire revisiter toute l'histoire de la bande dessinée : super-héros, science-fiction, aventure, polar, manga. (Superbe chapitre hentaï (manga d'horreur) en fin de volume).., avec au passage des clins d’œil aux anciens, inspiration et repères dans cette longue tradition de dessinateurs de récits souvent oubliés.

Manga vous avez dit ?


Un des comics ayant marqué" l'auteur !?
On notera à cet effet, et au delà des hommage aux comics, le clin d'oeil à Hergé et Tintin avec la case où l'on voit l'auteur lisant un album du reporter belge à ses filles. Quant à l'Amérique, si Evan Rice semble être un auteur oublié, il n'est que le continuateur d'un certain Joe Curtis, auteur fictif de la fin de la seconde guerre mondiale de "Jorna, reine de la jungle". (Un autre hommage à "Lorna jungle queen").  C'est lui qui a formé ce dessinateur, et lui offert le magic pen.

Le trait de Horrocks, est de la famille des Craig Thompson, Fredrik peeters ou Blutch, une sorte d'école "libre", indépendante et à la fois nourrie par tout ce que la bande dessinée à pu produire de plus sympathique. Leurs noir et blancs sont pétris de ligne claire et d'influence américaine.
A cet égard, les superbes dessins féminins en noir et blanc de Lorna, visibles sur une ou deux cases seulement, montrent à quel point Dylan Horrocks est à la fois un sympathique rendeur d'hommage, mais surtout un dessinateur agréable, au trait rond, dont on a envie de voir davantage de planches en noir et blanc. C'est ce qui fait regretter entre autre cette mise en couleur, ou l'indisponibilité de ses autres comics indépendants publiés en n/b, tel "Atlas".

> Quoi qu'il en soit, Magic pen est un roman graphique agréable, ludique, plein de clins d’œil, qui donne envie d'aller découvrir les hommages rendus.
La mise en abîme pourra rebuter les moins avertis, mais l'album est conseillé à tous les publics.


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jeudi 18 décembre 2014

L'Intrépide : on reprend une dose (irradiée) de comics français !

L'intrépide, tome 1
sous-titré : des aventures inédites de l'Intrépide
Marcus : idée originale/scénario, avec Remi Guérin
Guillaume Lapeyre :
dessins.
Ankama
Août 2014

Ankama, on connaît, et ici, on apprécie surtout la collection 619 de Run : comics fusion bien déjantés, tout comme Mutafukaz.
Mais cet Intrépide-là nous vient directement du passé, puisque c'est l'animateur Marcus (émissions Game one, Nolife), qui, se rappelant qu'il avait dessiné à l'âge de dix ans une BD rigolote avec un super héros en collant, s'est vu "offrir" par des potes la réalisation d'un vrai bouquin, trente ans plus tard.

L'intrépide, aujourd'hui, et pour ce qui nous intéresse, c'est un jeune garçon d'une vingtaine d'années, avec cagoule et collants (vert et rouge), qui déboule via une sorte de portail dimensionnel dans le Paris d'aujourd'hui aux halles. Mais il ne reconnait rien. Normal, il vient du passé : celui du début des années 30.
Petit fils (orphelin ?), d'Yvonne Chalamond, la servante de Pierre et Marie Curie, (célèbres physiciens ayant été nobelisés pour leurs études sur les radiations et le radium/polonium en 1903 et 1911, il habite avec elle dans la maison d'époque, bien conservée (normal c'est un musée), et se fait concocter des bons petits plats par sa grand-mère, qui a hérité de la cuisinière des époux chimistes. Sauf que patatra.. cette cuisinière, complètement irradiée, a le pouvoir de donner la force de l'aliment ingurgité. (Chouette = vision de nuit, Bretzel d'hypocampe = super nageur, …etc.)
Presque du Tony Chu, mais pas tout à fait.
La maison des Curie
Partant de ce principe, plutôt sympa, et quelque peu steampunk, qui nous permet de voyager à travers ces époques, on ne tarde pas à rentrer dans l'action, car apparaît alors le Voleur vert, un méchant.
Et là, on part dans un registre beaucoup plus science-fiction, et US, avec un combat dans des univers parallèles qui nous mènent jusqu'à la préhistoire.
L'intrépide parvient à réchapper de ce combat difficile, tandis que son adversaire, reste (pour l'instant) coincé dans le temps.

> Si le récit écrit par Marcus, sûrement bien aidé par Remi Guérin (City Hall, avec Lapeyre), fonctionne et donne un bon comics de super héros à la française (tiens, c'est la mode en ce moment), c'est surtout le trait oscillant entre réflexes japonisant et comics Lug  de son collègue dessinateur qui donne du plaisir à la lecture.
Les couleurs sont bien rendues, et l'objet à la maquette avec rabats, dans un format dos carré collé, fait plaisir et donne envie d'être conservé.
Bref, , après Fox boy et the Formidables, c'est le troisième comics français dont on peut être fiers et que je vous conseille cette fin d'année.

Ps : On se serait par contre sûrement passé des bonus de fin nous montrant l"'origine" du projet, (mdr) avec les dessins de l'auteur à dix ans, (moi aussi, j'ai des dessins de cette époque, si Ankama est preneur…), mais... l'opération est réussie.

Voir le lancement : http://www.ankama-editions.com/fr/news/423388-sapristi-intrepide

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samedi 6 décembre 2014

The Formidables : le comics français au meilleur de sa forme !

The Formidables 1 - Fierté et préjugés
Chris Malgrain, scénario, dessin
Christophe Lacroix (coul.)
Oniric comics, Nov 2014


Chris Malgrain baigne dans le comics depuis de nombreuses années et a développé au fil du temps un style graphique très fluide proche de John Byrne, qui n'a rien a envier au meilleurs des années 70.
Il propose ici, sur son propre label*, une nouvelle série de super héros semi réaliste dans un contexte 'historique' : celui du début des années soixante américaines.
Après une rapide présentation sociétale de l’époque (combats pour les droits civiques); il nous présente ses personnages et nous entraine rapidement dans l'action.
En utilisant le facteur de la guerre froide, il fait s'affronter le bloc communiste représenté par Storm fighter, un aliéné du klu klux klan, atomisé, au sens propre, qui a gagné des pouvoirs destructeurs.
Quatre autres super héros plus rassurants vont s'opposer a lui. Leurs particularités sous leurs 'costumes' : un est noir, l'autre homosexuel... problématique lorsque l'ont vit en 1959 aux USA.

Une première partie de 56 pages plutôt bien ficelée avec un parfum 70's revendiqué, qui offre sans nul doute l'un des, sinon le meilleur album de l'auteur à ce jour, en tous cas le plus personnel. ('Venus', chez Original watts, superbe, étant davantage un art-book scénarisé qu'un album au sens habituel du terme.)

> Du comics haut de gamme made in France.

Vivement la suite ! 


Ps : On attends pour 2015, en plus d'une suite, un art-book des Formidables avec la participation de nombreux super dessinateurs français et étrangers.

Belles pages de garde colorisées par Olivier Hudson

(*) Oniric comics, en partenariat avec Demactive conseil, qui ont permis une belle édition cartonnée luxueuse, avec quatre pages de Pinup (panthéon créateurs: Stan Lee, John Byrne, Jack Kirby et Mitton), plus un dessin inédit de Mitton, deux couv de séparations façon edition "US", et ces belles pages de garde très stylées eighties (légèrement pixélisées) :-)

> La Page facebook Oniric, pour se tenir informé des parutions.

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vendredi 5 décembre 2014

Pour les fêtes de Noël, n'oubliez pas...


Ces deux albums :

Saint Exupéry, le seigneur des sables
de : P. R Saint-Dizier, Cedric Fernandez
et Franck Perrot, (coul.)
Glénat, Oct 2014

…Après différents travaux et un album d'aviation chez Zephyr, (pseudo Rivera),  revoilà Cédric Fernandez sous son vrai nom, avec la mise en images d'une captivante première partie de la vie d'aviateur professionnel de l'auteur bien connu du Petit Prince.
Le dessin au trait fin du dessinateur s'est affiné et surprend par sa précision. Le découpage est aussi très maîtrisé. Les deux, associés aux superbes couleurs réalisées par Franck Perrot, donnent à lire un album réussi.

On aimerait pouvoir découvrir les aquarelles de Franck en bonus dans une édition de prestige, mais, tirée à environ 11.000 exemplaires, nul doute que cette première édition sera déjà une des réussite de ces fêtes de fin d'année.

Fox Boy, Tome 1 la nuit du renard,
du rennais Laurent Lefeuvre
chez Delcourt, Sept 2014

Dans ce tout nouveau et bel album cartonné, de la collection Comics fabric, sous-titré (avec un sticker) : "Les débuts d'un super-héros breton", l'auteur redéfinit les origines de la transformation de Pol Salsedo, jeune lycéen rennais, qui un soir de rixe avec d'autres lycéens, se réfugie dans une fête foraine, et, sans ses lunettes, se retrouve dans la boutique d'un occultiste, qui va lui faire "don" d'un étrange "malédiction". Paul sera désormais un renard garou (d'après l'animal empaillé qu'il a aperçu au fond de la boutique), et aura les atouts de cet animal.
(..)
"La nuit du renard" se lit d'une traite avec beaucoup de plaisir, que l'on connaisse ou pas déjà le personnage. Les amateurs de comics apprécieront, tout comme les amateurs de bande dessinée franco-belge.
Il est en effet pas courant d'assister à la naissance d'un nouveau (super)- héros 100% français, et franchement, lorsque ses aventures sont racontées et traitées avec autant de talent et de bonne humeur (Tout en traitant ouvertement de sujets sociaux et politiques : on parle ici de Bretagne mais pas que…), on ne peut qu'être conquis.

Vivement la suite !
> La chronique complète sur Hectorvadair's

Edwin : un premier album révélation

Edwin, Le voyage aux origines
Julian Lambert, Manon Textoris
le Lombard, Sept 2014
72 pages, plus cahier graphique

Edwin est un album dont les auteurs ont bénéficié d'une résidence à la maison des auteurs au centre international de la bande dessinée d'Angoulême. Ils ont aussi obtenu le prix Raymond Leblanc (fondateur des éditions Lombard) des jeunes créateurs.
C'est justifié, pour un 1er album d'aventure au charme certain.

Londres 1854, Edwin est un jeune étudiant scientifique qui rêve de découvrir les origines de l'homme. Rejeté par ses pairs qui ne voient en lui qu'un jeune fou, il embarque clandestinement avec son majordome dans les cale d'un bateau en partance pour l'Afrique, affrété par un scientifique aventurier sans morale.

Suite à un naufrage, Edwin se retrouve néanmoins sur une terre qu'il croit être l'Afrique, mais qui va lui réserver bien des surprises.
Il va découvrir, plus que les origines de l'homme, ses propres… origines.
--

J'ai été charmé par cet album au dessin agréable, posé sur un papier mat de bonne qualité, qui nous embarque pour un récit  fantastique, dans le sens le plus classique du terme.
Manon Textoris a écrit un beau récit d'aventure intérieure, et Julian Lambert est une révélation graphique intéressante.

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la Vallée, de Forneri et Trystam, lors du passage étrange des sosies dans le petit village… et la fin très poétique en barque, dans l'océan infini, m'a ramené aux agréables sensations de la Ballade de la mer salée de Hugo Pratt.

...Des références qui devraient vous donner envie de lire ce one-shot, idéal à offrir, tous publics.

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lundi 24 novembre 2014

Trillium : la plante psychédélique de Jeff lemire

Trillium
Jeff lemire

Urban Vertigo
Septembre 2014

Jeff Lemire est un auteur américain issu de l'école indépendante, au style alternatif que l'on a pu découvrir en France grâce à Monsieur personne (Mr Nobody, Panini 2010), et County Essex (Futuropolis 2010). (Vertigo et Top Shelf à l'origine)
Il a depuis travaillé pour la grande maison d'éditions US DC, avec des passages sur Justice league, Gren arrow, American vampire, Atom, et vient d'annoncer sa reprise de Bloodshot (Valiant) ainsi que de Hawkeye chez Marvel.… Autant dire qu'il fait partie des auteurs reconnus et respectés aujourd'hui.
Trillium a paru chez Vertigo, depuis 2013, sous forme de 8 comic books.

Le synopsis : En 3797, la botaniste Nika Temsmith recherche une plante dans les confins les plus reculés de l’espace connu. En 1921, l’explorateur anglais William Pike mène une expédition pour trouver un temple Incas aux propriétés salvatrices légendaires. Isolés à des années-lumière l’un de l’autre et alors que les murs de la réalité s’effondrent autour d’eux, ces deux âmes sœurs vont se rencontrer et vivre la dernière histoire d’amour de l’humanité.


L'arrivée dans le village autochtone ©Vertigo/Jeff Lemire

La couverture originale du #1, plus détaillée.

Sur 216 pages, l'auteur nous promène dans un dédale psychédélique de science-fiction, avec un dessin très personnel, désignant une œuvre forte, qui marque.
...Passé, futur, jungle et espace s'entrechoquent, dans une mise en page plutôt agréable, même si par moment, quelques planches sont constituées de gaufriers 4 niveaux de cases qui ne permettent pas une lecture confortable. Les polices de caractère sont alors trop petites.
Jeff Lemire
nous secoue un peu plus en inversant le sens de certaines pages pour mieux assumer le côté miroir des relations à travers l'espèce temps des deux principaux protagonistes. La sortie d'Interstellar au cinéma au même moment est-elle un hasard ?
Et si le récit demeure très intéressant et la poésie bien présente, cette liberté de mise en page perturbe un peu trop le confort de lecture. J'ai eu pour ma part assez de mal à retrouver le fil du chemin après avoir retourné le livre deux ou trois fois… bien que l'histoire m'ait parue assez claire au final.
Un petit bémol ceci dit, eut égard au reste de l’œuvre.

L'album s'achève avec 20 pages d'illustrations et de notes, dont quelques traductions du langage extra terrestre des indigènes Atabitiennes. Un autre atout parsemant l'album d'une étrangeté supplémentaire, pour une oeuvre majeure de science-fiction dessinée qui laissera une trace, comme a pu le faire un autre roman graphique exigeant : the Fountain.

Le blog de l'auteur : http://jefflemire.blogspot.fr/

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vendredi 14 novembre 2014

Frankenstein, le monstre est vivant !

Frankenstein le monstre est vivant
Steve Niles, Berni Wrightson
Soleil prod.
Oct 2014

Depuis 2012, Berni Wrightson, le maître de l'horreur est à nouveau aux pinceaux grâce à son ami Steve Niles avec lequel il avait déjà collaboré à son "retour" en album avec la série City of Others (non traduite à ce jour en France).
Un retour que j'avais remarqué et souligné sur le site Wrightson in french.

Malheureusement, notre talentueux dessinateur est atteint, si je ne m'abuse, de la maladie de Parkinson, et les temps de réalisation se sont rallongés de plus en plus. Il a donc fallu patienter plus de deux ans pour avoir les trois fascicules comics originaux de cette nouvelle réalisation.
Mais cela valait l'attente.

©Wrightson from Bleeding cool

©Wrightson from Geeksofdoom
Le monstre de Frankenstein, abandonné dans les glaces du pôle nord à la fin de l'histoire originale de Mary Shelly (magnifiquement mis en dessin par Wrightson dans les années quatre vingt, et considéré comme son chef-d’œuvre*) sort de son cercueil naturel, suite au réchauffement du à un volcan, et repart à la recherche de ses origines.
Sur son chemin il rencontre un montreur de monstre en foire pour lequel il travaille un temps, puis un professeur et sa fille, auprès desquels il découvre son humanité.

...Un récit qui n'est pas fini, mais dont Soleil nous libre ici les trois comics existants à ce jour, dans une superbe édition grand format cartonné, qui met particulièrement en valeur le dessin noir, gris et avec de légers aplats couleurs (bleus) du dessinateur. De superbes planches aux détails soignés nous rappelleront le meilleur de Wrightson, sur un scénario soigné de Steve Niles.
Un incontournable !

(*) Publié d'abord chez Albin Michel en 1984 puis réédité en 2010 chez Soleil.
Voir : http://www.berniewrightson.fr/

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mardi 11 novembre 2014

Adam Clarks : Atom style forever !

Adam Clarks
Lapone -Hautière
Glénat - treize étrange
Octobre 2014

Un format inhabituel, un graphisme hyper stylé.
...On connaissait déjà le dessin très "Atomium" de l'italien Lapone, ("Ada", trois albums chez Paquet,) ou divers sketchbooks ou petits récits… ), mais cette édition cartonnée très grand format (289 x 368) met particulièrement son dessin  en valeur.

Ce récit rétro futuriste (vêtements et décor 50's sur la couverture, vaisseaux sillonnant le ciel) annonce la couleur : on pense obligatoirement à Serge Clerc et à Darwyn Cooke, deux de plus grands représentants du genre.*

Adam Clarks nous est présenté en voix off, par un personnage qui n'apparaît qu'aux yeux du lecteur. il s'agit d'un gentleman séducteur, chroniqueur de la rubrique jet set dans la revue Puppet. Il fréquente donc les soirées mondaines. Ce soir il assiste au vernissage d'une exposition de bijoux, dont le clou est un rubis de taille exceptionnel : le Delong star.

Il fait la rencontre d'une fort belle demoiselle, avec qui il va passer la nuit. Enfin, pas tout à fait, car en plein milieu de celle-ci, il s'équipe, et avec grand professionnalisme, dérobe le joyau, avant de retrouver au lit comme si de rien n'était.
Mais ce petit manège n'est pas passé inaperçu pour tout le monde…

Stylé, vous avez dit ? (© Glénat/Lapone/Hautière)
Si le scénario de Hautière (Perico actuellement avec Berthet) est très maîtrisé, et nous offre un polar agréable et efficace, c'est bien sûr le graphisme de Lapone qui est exquisement mis en avant dans une maquette (presque) luxueuse, aux clins d’œil appuyés à Serge Clerc. En effet, dés les pages  de garde, le ton est donné, avec un portait en pied où l'on jurerait percevoir Phil Perfect, le héros du dessinateur roannais, tandis que la page de titre reprend quasiment à l'identique les polices et cadre du logo du dessinateur "espion".
Un autre album avec Hautière,
chez treize étrange
L'intérieur reprend ses droits et on se laisse néanmoins happer par le style tout de même personnel et reconnaissable de Lapone, sur 57 pages, tandis que 6 supplémentaires en fin d'album, nous offrent un bonus agréable avec croquis et divers dessins couleurs.

Une superbe réussite, tous publics, qui permettra à un public plus large (sans jeu de mot), on imagine, de découvrir le dessin de Lapone.
Je le recommanderais  ceci-dit chaudement  aux amateurs d'Atome style, et aux collectionneurs de beaux livres.

(*) Ne pourrait-on pas citer aussi aujourd'hui Elsa Charretier ?

Visitez le blog de Lapone. 

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dimanche 26 octobre 2014

Universal war two T2 : quand Théa rencontre Kalish...

Universal War 2 T2 : La terre promise
Denis Bajram
Casterman
Sept 2014

1998 : Bajram surprend le monde des lecteurs BD avec une série SF exigeante qui va marquer la décennie à venir : "Universal War one". Projet, sinon titanesque, au moins très ambitieux qui sur 6 tomes va nous projeter dans le futur, en 2141 et l"'univers de nos descendants.
Ceux-ci vont être confrontés à une menace : le wormhole, trou noir artificiel créé par les CIC : colonies industrielles de colonisation, qui va pulvériser la terre.
Mais  l'escadrille "purgatoire", menée par Ed Kalish, chargée de lutter contre ce fléau va découvrir fortuitement lors d'un incident le voyage spatio-temporel.
Ceux-ci, en orbite éloignée après la destruction de la terre, vont remonter le temps 300 ans plus tôt.
Là, ils vont créer une nouvelle civilisation sur une planète éloignée, : Canaan, et écrire un livre prophétique pour le futur; la bible de Canaan.
Tome 1 de UW2


7 ans plus tard, Bajram, après d'autres expériences éditoriales est de retour avec la suite : Universal war two.
Le 1er tome "Le temps du désert", paru l'année dernière racontait comment les descendants de Cananéens avec à leur tête Salomon, est ses enfants : Théa et Vidor, "régnant" grâce à leurs acquis scientifiques sur les restes des colonies du systèmes solaire, tentent de lutter à nouveau contre ce qui reste des CIC et leur wormhole cette fois-ci caché au cœur du soleil. L'idée de lancer une sonde destructrice "Phénix" au cœur de ce dernier échoue et se retourne contre eux. le soleil finit aspiré comme la Terre, et Mars, l'une des bases des ex terriens est attaquée par des triangles noirs destructeurs.
Tandis que les cananéens sont en orbite autour de la planète rouge, craignant le pire, cette dernière est aussi anéantie.
Théa, sauvé par sa famille in extrémis, retourne sur Canaan et compte bien trouver une issue à cette guerre universelle….

L'escadrille par qui tout a commencé.
Dans ce nouveau tome, dont Théa orne la superbe couverture, celle-ci porte un uniforme et un casque cananéen, uniforme qu'elle exécrait auparavant. C'est la clef de ce nouvel album qui nous explique comment la menace des triangles persistant, la flotte des descendants de Kalish vont tenter désespérément de lutter pour leur survie.
Théa, oscillant entre résistance à la pseudo dictature de sa famille et pouvoir qui lui est donné, va se servir des leçons de communication temporelles de l'école spéciale avec son ancêtre Kalish afin de le rencontrer et lui demander son aide...


Il faut pouvoir suivre ce récit aux nombreux sauts spatio-temporels, mais il est tellement peu courant de lire des récits de science-fiction en bande dessinées de ce niveau, que l'effort demandé en vaut la peine. Bajram confirme, s'il en était encore besoin, son énorme talent, et de scénariste, avec un intrigue compliquée qui tient en haleine, et de dessinateur. Son style est en effet de plus en plus fluide quand à la mise en page, ses couleurs très agréablement posées, et son "trait" numérique très précis.

Un deuxième tome toujours aussi passionnant où nous sont présentés de nouveaux personnages, comme Malik, ami de Théa, et sa bande de résistants, et où le profil de Vidor est développé, laissant poindre ses questionnements. Mais c'est bien Théa qui porte l'album.
Une superbe scène du conflit à la fin du tome rappellera surement à beaucoup la Guerre des mondes de HG Wells, avec ses vaisseaux à tentacules.

Un must-have.

Rappel : à lire, le superbe : "Bajram, destructeur d'univers" (Thierry Bellefroid, entretiens, SoleilOctobre 2010)



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vendredi 17 octobre 2014

Le château des étoiles : un Alex Alice façon Jules Vernes.

Château des étoiles T1la conquête de l'espace
Alex Alice
Rue des Sèvres
Sept 2014

On ne présente pas Alex Alice, auteur trentenaire qui a connu le succès entre autre avec les 4 tomes du Dernier testament chez Glénat avec Xavier Dorisson.
Ici, seul, il se lance  dans une nouvelles aventure scénographie et graphique, mais aussi éditoriale, puisqu'il a intégré la toute nouvelle collection BD "jeunesse" de l'Ecole des loisirs :  Rue de Sèvres.(1)

D'abord publiée sous forme de trois gazettes grand format en Mai, Juin et Juillet, le Château des étoiles a ensuite vu un premier tome (sur 2) publié sous forme de bel album cartonné en Septembre.

...XIXeme siècle, en France : Claire est une jeune aventurière qui rêve de découvrir l"Ether", (la matière qui constitue l'espace), à l'aide d'un ballon gonflable à la technique révolutionnaire. Bien que son mari s'y oppose, elle tente l'expérience et monte en altitude. Arrivé à plusieurs milliers de pieds, un souci technique l'empêche de redescendre, et elle atteint son but, mais y laisse sa vie.

Un an plus tard, son fils Séraphin, pris par le virus, se prend à suivre sa voie.
Convoqué en Bavière par un mystérieux courrier, son père, Archibald, après une tentative d'enlèvement à la gare, par ce qui semble être des agents prussiens, doit néanmoins fuir avec son fils et rejoindre le fameux château le "Rocher du cygne", appartenant au roi de Bavières.
Là il y rencontre d'abord Hans, un jeune aventureux et sa sœur Sophie, qui ont retrouvé un courrier de Claire et tente de rejoindre deux aussi l'Ether en reprenant les recherches. Le roi a convoqué Archibald pour l'associer à son architecte  afin de construire le vaisseau qui pourra les emmener dans l'Ether.
Mais la cour de Bavière est infiltrée par le Chambellan du roi, à la solde des prussiens qui veulent mettre la main sur cette technique révolutionnaire de déplacement.

Le gazette n°2 © Alex Alice
Alex Alice nous embarque dans ce récit steampunk où la grande histoire se mêle à la science-fiction.
Nous sommes très proche de Jules Vernes avec ce voyage incroyable qui se prépare. Le tout dans une ambiance politique tendue. La présentation en gazette de l'époque a fait d'autant plus ressortir cet aspect.
La présentation de l'album a été particulièrement soignée, avec une édition au dos et à la couverture Pelior bleue claire, et aux pages de gardes très stylisée.
On se croirait en plein Sceptre d'Ottokar.
Le récit est prenant, les dessins, plutôt stylés anime manga, agréables, et les héros sont attachant.
Le suspens est à son comble lors de la 64eme page, et la suite, qui devrait emmener nos héros dans l'espace promet énormément.

> Une sorte de Flash Gordon français du XIXe, mariné de Tom Sawyer !?  
Un récit tous publics, dont on attend avec impatience la suite !


(1) http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/bande-dessinee/bd-decollage-reussi-pour-la-maison-dedition-rue-de-sevres-creee-il-y-a-un-an

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jeudi 9 octobre 2014

Gamine : une oie sauvage chez un ogre de Porcelaine

Porcelaine, T1 Gamine
Benjamin Read/Chris Wildgoose
André May
couleurs
Delcourt
84 pages et 10 de croquis.

Benjamin Read est un auteur et réalisateur anglais. Il officie dans le genre fantastique/féerique, voire épouvante avec son dernier fin (DVD) "Captive" (Armistice) http://www.armisticethemovie.com/

Trois de ses comics sont disponibles chez Improper Books, maison d'édition qu'il a créé : Porcelaine, et trois inédits à ce jour : Briar,  Butterfly gate, et Night post. Les trois premiers sont dessinés par Chris Wildgoose (oie sauvage). C'est leur première publication en France.

…C'est l'hiver, dans une ville qui pourrait être Londres, sans doute au XIXe siècle. Un Londres féérique, à la Dickens.
Gamine, une petite sauvageonne faisant partie d'une bande d'enfants abandonnés, s'apprête à effectuer un vol dans une propriété étrange, aux murs très hauts. Il y vivrait dit-on une sorte de sorcier. Forcée par l'ainée de la bande : Belle, elle prend son courage à deux mains et passe le mur.
Là, elle va être récupérée par un riche propriétaire, à stature d'ogre, mais plutôt bienveillant, qui l'adopte, en souvenir de sa femme défunte.
Il fabrique, et s'est entouré d'automates, en porcelaine, constitués à partir d'os humains récupérés dans les fosses communes. 
Gamine jouit d'un confort absolu, mais à cependant l'interdiction formelle de franchir la porte fermée à clef menant au cœur du processus.
Mais un jour…

L'entrée du domaine
(Copie d'écran du teaser vidéo)

Porcelaine séduit tout d'abord pas sa magnifique couverture, aux thèmes empruntés à l'art déco. Le dessin de Wildgoose est particulièrement agréable, et les quelques inter chapitres qui parsèment l'album font aussi beaucoup pour son atout graphique. La colorisation d'André May apporte la dernière touche au ce raffinement d'une édition grand format que Delcourt a soignée.
Briar,
un autre album dessiné par Wildgoose
Le superbes inter chapitres




Son scénario est inventif, encré dans l'univers du conte (Pinocchio, la petite vendeuse d'allumette, le roi et l'oiseau…), son suspens bien réel, et les chutes originales. On baigne en plein féerique, et si l'ambiance pourra rappeler les univers d'un Neil Gaiman (Books of Magic, Stardust…), le côté un peu macabre de la fin du récit dirigera nos souvenirs du côté d'un Sweeney Todd (Tim Burton)


…Raffinement, fantastique, suspens, chutes bien pensées… cela fait un premier album au fort potentiel créatif, de toute beauté.
Deux suites sont prévues : Bone china et Ivory Tower, où l'on verra Gamine vieillir.

> Un indispensable comics anglais, tous publics, quoi que certaines scènes pourront choquer les plus jeunes.

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samedi 27 septembre 2014

Empire of the dead : le retour de Romero

Empire of the dead T1
George A Romero - Alex Maleev
Panini comics
Sept 2014

George A Romero n'est pas un inconnu pour quiconque s'intéresse un tant soit peu au cinéma ou au zombies.
Il est le créateur de La nuit des morts vivants (1969) et donc parrain de la "mode" que l'on connait depuis presque dix ans.

Alex Maleev quant à lui est un dessinateur bulgare qui s'est fait remarquer entre autre chez Marvel avec la longue série Daredevil co-écrite avec Brian Michael Bendis. Son trait fin tramé, dans un style pouvant un peu rappeler Bill Sienckiewicz est immédiatement reconnaissable, et de grande qualité.
Sur cette nouvelle série, Le scénariste offre une sorte de suite à son propos :

New-York, dans un futur proche : la ville comme l'ensemble des pays est contaminé par les zombies, que des brigades sont chargées de maintenir parqués dans des quartiers isolés.
Penny Jones est un médecin envoyé sur le terrain pour découvrir un zombie capable de suffisamment d'intelligence, afin de promouvoir leur meilleure intégration au sein de la population.
Auprès de Paul Barnum, une main droite du maire de la ville, chargé de capturer des "schlingueurs" pour les faire se battre dans une arène construite spécialement au cœur de la grosse pomme, elle repère une ex agent des swap (brigades d'intervention) : Xavier, qui a été mordue, mais qui semble avoir gardé une grande partie de son humanité, et de son intelligence.

Le début de la quête de Xavier
©G A Romero/A. Maleev/Dark Horse- Panini comics
Le maire, Chandrake, n'est cependant pas très clair, et son neveu Bill, encore moins.  On apprend d'ailleurs très vite que ceux- ci et leur entourage sont aussi des morts-vivants à leur façon, puisqu'ils sont des... vampires.

Si certaines scènes de Empire of the dead évoquent bien sûr Walking dead, (l'arène par exemple), on n'est cependant dans une autre histoire, ne serait-ce que par l'idée d'intelligence prêtée à ces malheureux. Le comics Loving dead, dont on a déjà parlé ici, pourrait alors s'en rapprocher... mais c'est sans compter sur la troisième originalité, qui est l'inclusion de vampires au sein de cette société corrompue.
American vampire est alors la troisième référence implicite… et on se dit que George A Romero n'a finalement plus grand chose à inventer.

Mais la sauce prend néanmoins, et le dessin de Maleev rajoute à l'intérêt que l'on peut porter à ce titre.

A découvrir, pour les amateurs.

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lundi 22 septembre 2014

RASL : dérive dans d'autres dimensions


RASL, t1 : La dérive
Jeff Smith, coul : Steve Hamaker
Delcourt
Sept 2014

On connaît surtout Jeff Smith pour sa série Bone, chez Delcourt, petit personnage blanc façon Casper le fantôme, évoluant dans un univers enfantin fantastique peuplé de monstres aux yeux rouges.
9 tomes déjà parus et un succès incontestable.

Il se lance avec RASL dans un projet plus adulte, science-fiction, qui va lui permettre à n'en pas douter de s'ouvrir un lectorat plus large.

Robert est un scientifique qui travaille avec deux autre collègues sur un projet ultra secret : un bouclier anti missiles. Leur première avancée est un téléporteur qui permet d'électrifier la ionosphère.
Mais Robert est en décalage avec les vues guerrières de leur supérieur, et détruit le laboratoire avant de s'enfuir.

Deux ans plus tard, en découvrant les journaux perdus de Nikola Tesla, il a reconstruit une sorte de téléporteur et s'en sert pour passer, à son compte, d'une dimension à une autre, afin de dealer des tableaux de maîtres. Mais cela n'est pas sans risque, physique et mental, et il a dorénavant une "sirène" à sa poursuite : un gars à gueule de morue qui n'est pas là pour rigoler.


Jeff Smith choisit le principe de l'immersion immédiate pour nous faire rentrer dans son récit. La première scène nous montre le jeune RASL, aujourd'hui, errant dans le désert, blessé.
En voix off, et par images et textes évasifs, on comprend sa situation, et devinons sa quête effrénée.
Ce n'est que page 90 cependant qu'un flash-back de 4 quatre pages nous explique son passé proche.
Les pages 121-126 et 144 évoquent elles-aussi une autre faille temporelle durant la seconde guerre mondiale, élargissant le champ de ce phénomène plus ou moins maîtrisé. Et complexifiant l'intrigue.


L'anti-héros qu'est RASL, et sa petite amie Maya sont des personnages attachant. L'ambiance du petit motel où ces deux se retrouvent n'est pas sans évoquer la série "The lost room."
On accroche aussi au reste des protagonistes, dont la "sirène", sorte de chasseur de prime venue d'on ne sait quelle dimension.
Le dessin de Jeff Smith est très agréable, et sa particularité un peu cartonny ou adolescente s'accorde cependant parfaitement au scénario adulte maîtrisé de l'auteur.
Le découpage est très lisible et on arrive à la page 155 avec un pincement du au suspens.

Deux autre atomes sont prévus. On les attend avec impatience.

En 2013, Jeff Smith a remporté le Eisner award, pour le "Best Graphic Album" avec RASL.


Le blog consacré à l'auteur.

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vendredi 19 septembre 2014

Une expédition sans retour pour les romains de Marazano et Frusin ?

Pas sérieux tout ça ! : déjà deux semaines de rentrée, et pas une chronique de nouveauté à l'horizon... :-(

Pas de panique, je suis de retour.  J'ai eu quelques autres obligations entre temps.

Un hommage à peine voilé à Frazetta ?
L'expédition tome 2
le Lion de Nubie

Richard Marazano /Marcelo Frusin
Dargaud, Août 2014

Déjà chroniqué ici, le premier tome de l'Expédition avait laissé une superbe impression : Récit mélangeant aventure antique romaine et exotisme africain, avec une touche fantastique et des dessins et couleurs superbes : tout était réuni pour faire de cette série une réussite.

Ce deuxième tome ne déçoit pas.

Nous sommes toujours dans le flashback que Marcus, emprisonné dans les geôles conte à ses gardiens. Et l'approche de sa petite troupe commando en Afrique noire, menée par Oubaku, leur guide autochtone, arrive à son but.
Eux qui souhaitaient découvrir "l'Eldorado", un trésor d'une civilisation cachée, vont être capturé par une tribu et réduit en esclavage.
Seul Tiberius, perdant un peu sa tête, se converti aux rites locaux, tandis que Marcus tente de trouver un moyen de mener une révolte avec les autres esclaves présents.

Marazano poursuit sans déraper le fil de son récit, et nous transporte en peu plus vers l'étrange et le fantastique en incorporant davantage de chamanisme dans l'histoire. L'apparition de sorciers, (ci-dessous) au look un peu zombie, ajoute à cette ambiance.
... Est-on devant un comics ? devant une bande dessinée française ? le mix est parfait et je dirais plutôt comics. Mais à vous de juger. :-)

Une scène magnifique.
© Frusin/Dargaud
Un dessin tiré de l'édition N/b
du tome 1  © Frusin

Le rebondissement étonnant de la fin nous laisse un peu pantois et avide de connaître la suite.

Un beau et très bon album quoi qu'il en soit. Tous publics.

La page Facebook de Frusin, pour se régaler de dessins.

nb : les Sculpteurs de bulles (benoit Prieur) ont édité une édition limitée noir et blanc de l'épisode 1. Il est magnifique.
A voir sur son compte : https://www.facebook.com/benoit.prieur.7

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dimanche 31 août 2014

Néonomicon : Alan Moore adapte l'effroi de Lovecraft avec brio.

La rentrée, c'est maintenant !
Et si cette parution n'est plus vraiment une "nouveauté", sa lecture a confirmé la première impression positive : bien glauque et tracé au cordeau. Elle méritait donc une chronique.

Neonomicon
Alan Moore, Anthony Johnston/Jacen Burrows
Urban indies, Oct 2013

Une adaptation de mythe de Chtulu de Lovecraft, par l'un des scénaristes les plus doué de sa génération, passionné d'ésotérisme au passage, cela faisait peu de doute quant à une grande probabilité de réussite.


Brooklyn en 2004 : l'agent fédéral Sax enquête sur une série de meurtres particulièrement sauvages, typique de serial killer. Mais aucun lien entre les victimes.. à part une drogue, dont l'origine  tend à provenir d'un club branché : le club Zonthique.
Celui-ci s'y rend et prend RDV avec un nommé Johnny Carcosa, puis le suit dans sa résidence. Testant la fameuse drogue, il fait la douloureuse expérience psychotique d'une aliénation vers un univers parallèle lui faisant perdre son identité. Il prend alors part aux crimes odieux qu'il dénonçait, avant d'être arrêté et interné.
Un des comics VO, façon EC comcis

Essayant de comprendre ce qui a pu lui arriver, les agents Gordon Lemper et Merril Brears (un grand black et une belle blonde) remontent la piste jusqu'à Johnny Carcosa, puis une boutique spécialisée de Salem (Massachusetts) : "Chuchotis dans les ténèbres". Grimés en amateurs de sex-toys et de littérature occulte, ils s'y rendent, sans savoir vraiment dans quel pétrin ils mettent les pieds. La pauvre Merril va subir l'innommable…

 A ce stade du récit, déjà bien bizarre et angoissant, le scénariste nous plonge dans une ambiance mêlée d’érotisme et de suspens, avant de basculer dans quelques pages pornographiques et d'épouvante, frappant en plein visage le lecteur, ne lui laissant aucun répit ...avant le final, dans la grande tradition des récits Lovecraftiens.

Une complète réussite, dérangeante à souhait, soutenue par le dessin agréable et efficace de Jacen Burrows, et un indispensable pour les amateurs d'horreur et d'épouvante.

8,5/10

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samedi 12 juillet 2014

Miracleman : retour gagnant chez Panini



Miracleman T1 , Un rêve éthéré
MickAnglo, Alan Moore, et divers (Gary Leach, Alan Davis...)
Panini, Juin 2014

Annoncé à grand renfort de publicités dans les revues spécialisées BD, cet album cartonné semble être un incontournable. Qu'en est-il vraiment ?

Miracleman est un personnage créé en 1954 par Mick Anglo, en Angleterre pour Miller & son. Ses aventures en noir et blanc ont perduré jusqu'en 1963 et la déroute de son éditeur.
Il s'agit d'un homme : Mick Moran, l'équivalent de Captain marvel, qui gagne un pouvoir atomique auprès d'un sorcier. Pour se transformer en Marvel man (puis Miracle man, plus tard, pour sortir de l'ambiguité avec l'autre héros), il prononce le mot « Kimota » (Atomic à l'envers).
Il est rejoint pour ses aventures par le jeune Dicky Dauntless (Young Marvelman) et le jeune Johnny Bates (Kid Marvelman).

En 1982, une nouvelle revue de comics noir et blanc apparaît en Grande bretagne, intitulée : Warrior (chez Dez Skinn)
Marvel man reprend du service, relooké et dans des récits plus adultes, sous le dessin de Garry Leach pour l'essentiel, et Alan Moore pour les scénarios. Paul Newamn prête son visage au personnage, à qui on ne tarde pas (en 1985) de donner le nom de Miracleman. Entre temps, la licence a été rachetée par Eclipse comics (USA). Détail : Ces nouvelles aventures paraissent alors en couleur.

Neil Gaiman prend le relais de la série à partir du numéro 17 et la développe jusque dans les années 90, aux côté du dessinateur Mark Bukingham.


Delcourt publie le début de cette histoire en 1989.
L'édition de Delcourt de 1989

L'édition de Panini, recolorisée




















En 1996, Todd Mc Farlane (Spawn), rachète les droits à Eclipse, et réintroduit le personnage dans sa série Hellspawn, avec l'aide de Gaiman. Mais un différent au niveau des droits ne tarde pas à les opposer.
En 2009, Marvel acquiert les droits à son tour, et décide de publier une série d'albums, avec l'ensemble des auteurs ayant participé à la série. Un accord est trouvé avec Neil Gaiman, qui peut alors poursuivre ses épisodes.
C'est donc un premier volume de cette redécouverte qui nous est proposé par Panini.

...L'aspect historique, ou tout du moins patrimonial du personnage, en Angleterre et aux USA, explique le petit tapage médiatique. Mais ce n'est pas tout : s'il est intéressant de découvrir les origines du héros dans les premières pages du recueil (datées 1956), c'est surtout son relaunch en 1982, proposé en version recolorisée ici, qui impose le respect. Car si on reste bien dans un contexte de super-héros vu x fois (Captain marvel, Thor...), qui utilisent des pouvoirs à un moment de leur existence, la différence réside dans le détail que Mick Moran est un type pas très intéressant au quotidien. Il mène une vie relativement morne auprès de sa femme. Et surtout, il ne garde aucun souvenir de ses interventions en tant que super héros. C'est en tous cas le pitch de ce premier épisode, qui apporte une thématique psychologique de premier choix.
De plus, ses retrouvailles avec un de ses jeunes compagnons, perdu de vue depuis des années pour des raisons inconnues (mort?), apporte son lot de surprises et d'atmosphères dramatique, avec une scène de combat anthologique.

Il ne reste plus (4eme épisode) qu'à le faire douter complètement sur son existence (je ne dévoilerai pas tout ici), et on obtient un album particulièrement savoureux et... donc indispensable pour tout amateur de comics.
CQFD.
A lire, la chronique de MDCU, qui rajoute que les bonus sont un peu trop nombreux, eut égard au nombre de pages totales :

A lire et voir aussi : pas mal de planches de l'édition de 89 sur Artemusdada blog.

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mardi 1 juillet 2014

Rachel rising : un air des eighties sur fond horrifique

Rachel rising, T1 L'ombre de la mort
Terry Moore
Delcourt
Avril 2014

Terry Moore est un auteur américain connu pour deux séries principales : Strangers in paradise, débuté en 1994 et dont 18 tomes ont parus en France chez le petit éditeur Kyméra* et Écho.
Stp est une série privilégiant le noir et blanc, et mettant en scène deux demoiselles aux relations lesbiennes, avec un garçon fermant ce trio amoureux. Mais l'intrigue, à partir de ce constat d'une mini série au départ, va être ensuite développée dans une série complète assez complexe, aux accents politico-policiers. Une série culte, adulée comme haïe.
Echo, une série axée science-fiction a ensuite suivie, publiée cette fois chez Delcourt.

Rachel rising est son dernier projet, et celui-ci nous embarque dans un contexte et une ambiance horrifiques.
Notons que l'auteur a reçu un Eisner et un Harvey award pour ses créations.

" C'est l'aube, froide et blafarde. Rachel se réveille dans les bois. Elle s'extirpe d'une tombe creusée à même le sol, couverte de boue et de saleté. Elle rentre chez elle, mais repart à la recherche de sa meilleure amie, pour tirer au clair ce qui s'est passé la veille. Sauf qu'elle a un trou noir de trois jours. Et personne ne semble réellement la reconnaître. Fait-elle toujours partie des vivants ? "(4eme de couverture)

Rachel : Image issue de comicbookrevue.com © Terry Moore

Si les premières planches de Rachel rising pourraient faire penser à un film de zombie, on s'aperçoit assez vite que ce n'est pas de cela dont il s'agit. Rachel revient d'entre les morts, (comment pourrait-il être autrement, après avoir été étranglée et avoir séjourné trois jours sous terre ?), mais ne montre, à part quelques signes extérieurs particuliers (trace au coup, yeux injectés de sang , faculté de se régénérer suite aux blessures), aucun signe de revenant morbide tel qu'on a pu le voir dans les oeuvres classiques consacrées aux morts-vivants.
Rachel ne se souvient de rien, à part quelques bribes de flashs, retrouve ses amies qui ne la reconnaissent pas vraiment, puis chacun essaie de comprendre la situation, qui semble ne pas être isolée au cas de notre héroine.
C'est en cela que l'on rapprochera facilement Rachel rising de la série "Les revenants", du français Robin Campillo (2003), d'autant plus que le personnage principal s'appelait là aussi Rachel. Un clin d'oeil de Tony Moore au film ?

Autre œuvre similaire : Revival, chez le même éditeur, où un aspect démoniaque lié à ce genre de retour est abordé, par le biais de revenants aux intentions quelque peu béliqueuses, et d'un fantôme errant autour du village. Ce n'est pas tout à fait le cas ici, mais un ange de la mort rode néanmoins, et incite d'autres vivants à tuer autour d'eux, et à demi enterrer les corps au même endroit, avant leur retour.
Rachel, tante Johnny, et Jet.
Terrymooreart.com
Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est pas tant le scénario, on l'a vu original, sans être tout à fait inédit, qui retient l'attention, mais le dessin de Terry Moore,  à l'encrage rond et agréable. Ses personnages féminins : Rachel, superbe blonde aux formes avantageuses, et sa copine Jet, jolie brunette qui joue quant à elle de la basse dans un groupe de jazz, forment le duo qui rappellera avec plaisir les amies de Love and rockets, la série indé culte 80's des Frères Hernandez.
Une filiation bienvenue, qui n'est que rarement citée dans les articles sur l'auteur, mais qui peut sauter aux yeux, malgré la volonté de ce dernier de nous embarquer dans l'horrifique.
Le social reste donc très présent dans ce nouveau comics, et on se demande comment Terry Moore va jongler avec ces deux aspects de son œuvre.
Une lecture très agréable et au suspens bien présent.



(*) Deux tomes ont d'abord été édités par le Téméraire en 1999, puis Bulle dog a présenté la suite via 7 tomes de 2003 à 2005, et enfin Kymera a pris le flambeau en assurant la rééditons de ces sept tomes plus la suite et fin.

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jeudi 26 juin 2014

Nicholas Grisefoth : la bande dessinée finlandaise à l'honneur chez Mosquito

Nicholas Grisefoth
la vengeance du Marchand (T2/2)

Lukkarinen et Ruusuvuori
Mosquito
Mars 2012

Pas une nouveauté aujourd'hui, puisque cet album date de 2009 en édition originale et a déjà deux ans pour cette traduction. Mais cet album fait partie du superbe catalogue des éditions Mosquito, que tout vrai amateur de bande dessinée se doit de connaître et défendre.
Edition originale tirée de
http://www.koivunalho.org

An de grâce 1299, golfe de Finlande : Nicholas Grisefoth, marchand du village de Kirkesund, accompagné du barde Detmar, son garde du corps, effectue une dangereuse mission pour le chanoine Elavus. Il doit récupérer une bague précieuse, afin que celle-ci puisse compléter la chasse des restes de saint Henrik, relique d'une valeur inestimable aux yeux des croyants. Enrichissant de fait ses gardiens.
Mais il est aussi lié en double jeu aux moines franciscains Cuno et Winandus, qui lui ont fait un marché alléchant. Il doit en effet tenter de remplacer les reliques par de fausses, afin de déjouer les plans du chanoine.

Mais au milieu de ces enjeux trop puissants pour lui, Nicholas n'est qu'un pion. Comment va t'il s'en dépêtrer ?

Suite et fin de l'épisode commencé avec "Les ossements de Saint Henrik", "La vengeance du marchand" clôt une aventure pleine de suspens et de rebondissements. On s'y promène entre villages isolés dans des déserts enneigés au mileu des loups, et villes fortifiées, grouillantes d'intrigues.

Un beau travail d'édition.
©Mosquito et les auteurs. p.19


Le style graphique très particulier de Hannu Lukkarinen, avec un noir et blanc de toute beauté rappellera à la fois  le serbe Zezelj, l'argentin Jorge Zaffino, ou par moments l'espagnol Victor de la fuente.
Quant à la narration de Juha Ruusuvuori, elle évoque aussi bien Corto Maltese pour ses intrigues pernicieuses, Toppi et son "Collectionneur", ou parfois Hellboy dans ses aspects les plus magiques. (D'ailleurs, Nicholas ne porte t-il pas un pied en forme de bouc ?)

Que de superbes références donc, pour un diptyque "haut en couleur", même si c'est c'est le noir et blanc qui domine, normal pour le pays du froid me direz-vous. Il est en tous cas très intéressant de pouvoir découvrir des œuvres de cette qualité, sortant des sentiers battus.

Les amateurs de J-George R. Martin y trouveront aussi matière à plaisir, dans cette fin de moyen-âge se déroulant aux confins du nord, avec toutes les légendes et aspects barbares que cela implique.

A découvrir absolument.

Un troisième volume "La nef de pierre", a paru en Septembre 2013.
Et Mosquito nous annonce pour bientôt un autre album de Lukkarinen : "Ronkoteus", en collaboration avec l'écrivain Arto Paasilinna.
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A lire : un article sympa  sur le dyptique : sur http://www.mortelmanagement.com

La page de la série sur le site des éditions Mosquito

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Analyses