lundi 3 avril 2017

This is the end, my friends.

Comme vous le savez certainement, après 12 ans de bons et loyaux services, Eddy et Ludo ont décidé de ne pas continuer l'aventure Nebular store, sous forme de boutique.

Ils se réservent, en dehors de leurs deux emplois respectifs, l'opportunité d'autres aventures, dont celle de l'Another convention, consacrée à la culture japonaise sous toutes ses formes. (Mably, en Septembre.)  Visitez leur page Facebook.



Pour ma part, après quasiment 7 ans de non moins bons et réguliers services, (Juin 2010 - Mars 2017), à chroniquer les nouveautés de la boutique pour les exigeants lecteurs et clients que vous êtes (ou pas), je viens de trouver une nouvelle perspective d'aventure, avec le remplacement officiel de Cecil Mc Kinley pour la rubrique hebdomadaire comics du site BDzoom.



Comme quoi... Nebularstore aura été formateur , mais cela n'enlève rien à la tâche difficile qui m'attend. ;-)

Merci de vos lectures, merci à Eddy et Ludo pour leur confiance,
Et à bientôt ! ?

Franck/Hectorvadair

dimanche 5 mars 2017

Dark museum, une nouvelle série Delcourt à faire frémir !

Dark Museum 01. American Gothic
Gihef, Alcante/Stéphane Perger 
Delcourt 
Février 2017 

La couverture est engageante, quoi que lugubre.
On pourrait dire intrigante aussi, car on reconnait les personnages de ce fameux tableau américain de Grant Wood, avec ces deux fermiers du Middle west, devant leur maison. Mais le titre « Dark museum » la couleur rouge vive qui les baigne, et ces outils posés là de manière éparse dans le fond  de cette grange en ruine, laisse craindre le pire…
Et il s’agit bien de cela.

Nous sommes en 1930, à la foire agricole de Eldon, dans l’Iowa, et la crise frappe la plupart des américains. Le couple Henkel est obligé de vendre son dernier tracteur antique afin de pouvoir nourrir et tenter de soigner leur fils Caleb, affaiblit par la disette.
Un soir, alors que la famille est au bord du désespoir, un automobiliste s’accidente mortellement contre un arbre bordant la petite route longeant leur ferme isolée. Lazarus Henkel va alors prendre une terrible décision, qui va faire basculer leur vie et celle de tout le village…

Je ne connaissais pas Gihef, ni Alcante, les co-scénaristes de cet album, qui publient pourtant régulièrement depuis 2005. Mais Stéphane Perger m’est moins inconnu, lui dont j’ai eu l’occasion d’acheter le tout premier album indépendant paru en 2001 « 11 Rue de templiers ». Il développait déjà dans ce premier opus édité chez Les Temporalistes Réunis, un style propre suffisamment étrange pour provoquer l’intérêt. Ce récit noir et blanc est maintenant bien loin lorsque l’on voit son parcours plutôt réussi, tant avec la série au succès critique Sir Arthur Benton (6 tomes chez EP), que Sequana, ou les univers de Stéphan Wull. Son dessin pourrait être rapproché de celui de Christian de Metter, et je ne pense pas dire de bêtise en avançant que son auteur affectionne particulièrement les ambiances et univers quelque peu glauques, étranges, voire fantastiques. Le polar doit être l’une de ses passions aussi. Bref, un dessinateur au talent marqué, qui nous offre le meilleur de lui-même dans une histoire bien gothique comme celle-ci. 


Il semblerait que Dark museum soit le premier tome d'une nouvelle collection consacrée à des tableaux célèbres, dont le principe d'entrée d'une toile serait de "provoquer chez son observateur une impression morbide que seule une origine mystérieuse semble pouvoir expliquer." (*) American gothic répond à cette exigence, et on souhaite que d'autres titres aussi sympas puissent voir le jour.
Un album dark, comme son nom l’indique, au graphisme et aux couleurs superbes, froidement recommandé ! ;-)

Ps : Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la série Penny dreadfull lorsque j’ai lu cet album. 




Retrouvez moi régulièrement sur BDzoom !




samedi 25 février 2017

La fille de l'ouvre boîte : fine lame de Rob Davis

La fille de l’ouvre boite
Rob Davis
Warum 
Janvier 2017



Véra Pike est une jeune fille vivant dans un monde étrange : « Bear park » où les objets du quotidien sont des dieux, où il pleut des lames de couteau, et où ce sont les enfants qui accueillent leurs parents, fabriquée dans ce qu’on appelle la Forge des orphelins. Ceux-ci accompagnent leurs enfants jusqu’à une date fatidique connue des seuls intéressés : l’heure de mort, et dont les circonstances et l’heure exacte sont inscrites dans le livre des morts. Nul n’échappe à son destin, sauf peut-être Véra, la propre fille de la reine, un monstre coiffée d’une tête d’horloge : la Météorloge, et ses deux amis : Castro et Scarper, qui vont tenter d’échapper à la folie de ce monde.
Ah oui, Véra a aussi un papa : un ouvre boîte, qui passe le plus clair de son temps sous le joug de sa femme, enfermé dans un tiroir.

Lorsque l’on rentre dans l’univers de Vera Pike, on découvre rapidement et avec choc une part de ce qui fait l’originalité de l’auteur. Rob Davis est un auteur engagé, et amoureux du médium, cela se sent. Il l’a prouvé avec ses précédents projets, dont l’anthologie Nelson, et démontre ici un talent très particulier de conteur. Si je n’ai pu personnellement m’empêcher de penser  à Courtney Crumrin, la jeune demoiselle au caractère bien trempée créée par Ted Naifeh, qui a aussi fort à faire avec des créatures étranges, dont ses camarades de classe, (Akiléos), le non sens et l’univers complètement loufoque d’un Ash Barrett (Vincent Hardy, Vent ouest 1986-87) vient aussi à l’esprit. La folie et l’aspect sociétal déphasé de la série «  Mardigrasdescendres, d’Eric Liberge (1998-2005) peut aussi présenter un beau rapprochement de genre.

La thématique politique est forte, et comme tout bon auteur de comics anglais qui se respecte, pourrait on dire, (en tous cas toute la génération 2000Ad, et les compagnons de route d’Alan Moore), on verra un clin d’oeil sûrement non innocent à 1984 dans cette horloge surveillant tout de loin, voire  un autre, à la série british le Prisonnier , lorsque d’étranges véhicules poursuivent nos héros dans un drôle de village ou des « Décepteurs » sont là pour récupérer ceux qui se refusent à leur destin.
On notera aussi la mise en lumière de la profession de journaliste, qui pourra rappeler au passage le comics en cours Paper girls (Brian K Vaughan/Cliff Chiang, Urban 2016), où une équipe de journalistes à vélo n’hésite pas à laisser tomber son accord de principe concernant le respect de la loi, afin de créer un scoop plus intéressant en aidant les fuyards et en acceptant la publication d’un livre interdit. (Politique et actuel, vous avez dit ?)  

Côté graphique, si le dessin de Rob Davis ne possède pas la patte la plus engageante que l’on puisse rêver au premier abord, dans un style que l’on pourrait qualifier de jeunesse en France, même s’il est effectué en noir et blanc, ce petit bémol est largement dépassé par l’ingéniosité et l'extravagance du scénario.

Culte !

La page du livre chez Warum éditions

Nb : cette chronique est tirée d'un article plus long sur l'auteur Rob Davis, à lire sur le site BDzoom, où je publie depuis Juillet 2017 régulièrement un papier consacré aux comics alternatifs.
Franck, alias Hectorvadair.


samedi 4 février 2017

Stern, où l'ombre du grand Eisner dans la cité

Stern T2 La cité des sauvagesFrederic et Julien Maffre
Dargaud
Janvier 2017

Marrant comme la vie réserve de belles surprises. Je m'en étonne toujours. 
En quête du prochain album qui serait l'objet de ma chronique hebdomadaire, je suis attiré par la couverture d'un album grand format. Feuilleté rapidement, je trouve le dessin et la mise en page suffisamment agréables pour le choisir. Mais on me signale qu'il s'agit déjà du deuxième tome d'une série. Je repars donc avec les deux albums sous le bras.
La couverture du premier est encore plus réussie :  beau dessin un peu à l'ancienne  avec une mise en couleur non encrée sur le fond. Des croix tombales, un grand échalas à l'air plutôt sympathique, un pelle sur l'épaule, un sous- titre attirant : Le croque mort, le clochard et l'assassin, et un titre en très gros lettrage : Stern. 
Elijah Stern
 est un jeune homme d'une trentaine d'année à peine, qui dans sa première aventure nous est présenté comme un officiant croque mort dans la petit ville de Morrison, dans le comté de Coffey, Kansas. Il est chargé de la préparation du corps et de l’enterrement d’un homme, qui semble décédé d’une mort naturelle, bien qu’alcoolique notoire. La femme de ce dernier, responsable d’une ligue de bienséance, demande néanmoins à ce qu’une dissection soit faite, pour établir et témoigner du coté néfaste de l’alcool sur le corps. Mais les poumons du mort révèlent qu’il a été asphyxié.  Cette révélation inattendue amène le trouble dans la petite ville. Est-ce la jeune prostitué avec laquelle il était juste avant de mourir, la responsable ?Elijah apparait malgré lui comme un très bon enquêteur, et au delà de cette piste va aussi découvrir d’autres secrets et remonter jusqu’à un épisode traumatisant de son enfance, une sombre histoire de confrontation entre rebelles et civils lors de la fin de la guerre de sécession.
Kansas city, qui grouillerait presque comme le Bronx
©Frederic et Julien Maffre/Dargaud
Pour ce second tome, « La cité des sauvages », on part d'un constat intéressant et assez peu courant dans la bande dessinée, car il s'agit pour notre héros de se fournir en livres. Des romans classiques plus précisément, de ce que le tout début du Vingtième siècle a accouché de mieux en littérature française et anglo saxonne.  Car Elijah est lettré. Or la boutique du petit bled où il vit ne peut pas le fournir, et il doit se résigner à partir, à dos de mule, pour 36 heures de déplacement dans la grosse ville la plus proche : Kansas city.

Chercher à lire des romans dans une bande dessinée, j'avoue que l'idée est plutôt sympathique, et porteuse de pas mal d'ouvertures...

On ne dévoilera pas le périple de notre anti héros, dans cette ville moderne encore en train de se construire, (1882), qui réserve bien des surprises. Mais je tire mon chapeau à l'inventivité scénaristique de 
Frederic Maffre qui permet d’offrir au lecteur un agréable moment de lecture,  ponctué de rebondissements tous plus savoureux et surprenant les uns que les autres, dans un ton à l'humour pince sans tire très personnel. Que dire cependant du dessin de son frère Julien ?  Si j'ai beaucoup apprécié celui du premier album, que j'aurais personnellement rapproché, si cela m' est permis, de celui de Chauzy...c'est à un autre dessinateur bien plus emblématique auquel j'ai pensé en dévorant ce second tome. Le fait est que son dessin a évolué, peut être un peu plus intégré dans les fonds de décors, à moins que ce ne soit la couleur qui prend davantage possession du dessin...toujours est il qui sur certaines cases, l'esprit du grand Will Eisner plane...ce qui est assez surprenant pour être relevé. 


Un personnage féminin et une attitude toute Eisnerienne...
©Frederic et Julien Maffre/Dargaud

Car enfin, s'il ne s'agissait que d'un trait...mais ce sont des attitudes, des positions de corps, des décors de vie urbaine même qui happent et interpellent. Comment est-ce possible ? Sommes-nous dans Dropsy avenue ? Dans le Bronx ? Quelle est cette petite femme en train de réprimander son homme, (un juif qui ne s'assume pas d'ailleurs), si ce n'est un personnage du maître du roman graphique, qui a su si bien raconter la vie de ces familles juives de milieu populaire du milieu du vingtième siècle aux Etats-unis ? Je retiens aussi la touche artistique de ce tome, où les auteurs donnent l'opportunité à leurs personnages de manipuler et échanger autour de tableaux, avec tout ce que cela implique sur l'importance de la culture dans la vie. Cela n'est pas si courant dans une série de bande dessinée dite "classique". Des atouts particulièrement précieux qui me font dire que cette nouvelle série et ce personnage d'Elijah Stern sont promus à un grand avenir.   
 


On vit et on souffre dans Stern, comme dans des "Affaires de famille"
 ©Frederic et Julien Maffre/Dargaud

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lundi 23 janvier 2017

Nobody de Christian de Metter

Nobody 1/4
Christian de Metter
Noctambule/Soleil 
Octobre 2016

Christian de Metter est un auteur plutôt porté sur le polar et les ambiances angoissantes.
Dire qu’il a été repéré dés 2000 avec son premier titre Emma, paru en trois tomes chez Triskel me semble juste, tant l’univers peint était déjà particulier et personnel. D’abord le dessin de l’auteur, à la forme peinte aquarellée, très proche de ce que pouvait alors montrer de grands auteurs anglo saxons comme Bill Sienkiewicz, ou Scott Hampton. Assez rare par chez nous pour provoquer l’intérêt. Il enchaîne des 2002 avec Dusk, sur scénario de Marazano puis publie régulièrement, toujours avec cette patte si particulière et oppressante. L’adaptation en 2008 chez Casterman de Shutter island, roman de Dennis Lehane paru en 2003, le propulse sous les projecteurs. Mais c’est aussi « Rouge comme le ciel », un western crépusculaire paru chez le même éditeur en 2014 qui le sacre comme un auteur et dessinateur incontournable.
Ce nouvel album réalisé seul, est en fait une nouvelle série, qui comptera quatre volumes. 

L’auteur, qui se base sur des dossiers déclassé américains réels, conte l’histoire d’un homme barbu de 57 ans, plutôt costaud, partiellement tatoué, qui en 2007, est arrêté dans le Montana pour un crime de sang particulièrement violent, qu’il s’accuse d’avoir commis.

Un an plus tard, Mllle Brenman, une jeune psychologue diligentée par le juge afin de réaliser une expertise psychologique va s’accorder la confiance du prisonnier et rentrer dans le récit de sa vie.
Il remonte à 1967, alors qu’il est dispensé d'incorporation au Vietnam car il a entamé un premier cycle d’études universitaires. Il fait de la boxe régulièrement, mais un jour, son frère est tué à bord d’un hélicoptère militaire, en opération. Ce drame le fait tomber dans la petite délinquance et il est accusé de la mort accidentelle d’un vieil homme qu’il était en train de cambrioler. Arrêté, le FBI lui propose alors de renseigner les agissements d’une bande de jeunes activistes anti Vietnam.
Les secrets que l’homme va alors révéler à la psychologue s’avèrent lourds et plutôt dangereux…

On rentre avec envie dans ce premier tome, d’autant plus que le plaisir du dessin si particulier de l'auteur est toujours là, bien que peut-être un peu plus recentré, moins en effet de peinture peut-être... Le scénario, qui nous transporte dans la fin des années soixante américaines permet d’aborder avec intelligence les mouvements politiques d’alors et la complexité des réseaux, à la fois anarchistes et gouvernementaux. Le jeune homme, utilisé par le FBI, va être amener à trahir ses amis, et on se doute que celui-ci ne va pas en sortir gagnant.
Le côté dramatique du récit est très bien mené, le tome s’achevant sur la fin de ce premier entretien en prison, qui nous aura déjà beaucoup appris.

Un bon album, présageant d'une série efficace et intéressante.

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dimanche 8 janvier 2017

La gouache noire de Micol colle au Scalp

Scalp
La funèbre chevauchée de John Glanton et de ses compagnons de carnage

Hugues Micol
Janvier 2017
Futuropolis

Hugues Micol a été repéré dès 2000 avec la parution de « Chiquito la muerte », sur scénario de Jean Louis Capron, chez Delcourt. Si l’originalité de son trait était déjà présente dans ses récits en couleur, et ceux suivant, chez divers éditeurs, c’est son arrivée chez Cornelius, en 2008, en noir et blanc et sur son propre scénario, avec « Séquelles », qui m’a personnellement touché. Une qualité de dessin à l’encre de chine et des scénarii déjantés, qui renvoient au meilleur de ce que l’on peut attendre d’une bande dessinée aventureuse, originale et moderne.La gouache est une autre technique de Micol, et s’il l’utilise souvent pour la couleur, c’est au noir et blanc qu’il l’applique sur ce nouveau récit particulièrement détonant.

En se basant sur la vie de John Glanton, Texas Ranger pendant la guerre americano-mexicaine puis mercenaire à la tête d’une bande de tueurs d’Indiens payés au scalp, Hugues Micol livre un récit hallucinant.Si on ne s’attardera pas trop sur l’aspect historique, prégnant, basé sur le récit de Samuel ChamberlainMy Confession Recollections of a Rogue, et qui a semble t’il inspiré Cormac Mc Cathy donc Micol souhaitait adapter le roman « Le méridien de sang », (1985), il est cependant intéressant de noter que les histoires se déroulant à cette époque de la conquête de l’ouest ne sont pas non plus légion. L’album épuisé depuis belle lurette « Comanche moon », de l’américain Jack Jackson (Artefact 1980) ayant sans doute beaucoup à voir avec cet univers, même s’il aborde surtout le Texas du côté indien. On relèvera aussi le passage rapide de Daniel Boone et Davy Crocket en p.27,28,29, traité sur un ton quelque peu cynique, permettant de davantage situer le contexte et la différence entre les « vrais » héros d’alors et l’attitude quasi démoniaque de Glanton.Micol nous entraîne dans un maelstrom de chevauchés dans le désert, et de raids sanguinaires, s'appuyant certes sur un récit historique, mais empruntant les chemins d'un fantastique foutraques, nous laissant au final exangues. Si les apaches de Jean Giraud dans Blueberry nous donnaient le frisson; ils sont ici bien peu de choses face à la folie d'un homme fou et de sa troupe. Le final, (avant l'épilogue), digne de tableaux de Goya, est une apothéose d'énergie brute. 

p.70-71 ©Hugues Micol/futuropolis

A l’heure où le noir et blanc n’est plus vraiment un frein à la consommation de ce média, (cf les belles rééditions grand format de Blueberry chez Dargaud, les superbes albums de Blutch, Frederik Peeters, Apocalypse à Carson city de GriffonMartha Jane Cannary de Mathieu Blanchin chez le même éditeur, ou dans un autre genre le Grangousiers de Gabriel Delmas : Carabas 2005), on ne peut que pointer haut ce superbe album de Hugues Micol, qui, non content de raconter une histoire intéressante et extraordinaire, délivre un album de grande qualité graphique. On a même parfois l’impression de parcourir un carnet de croquis, avec ses essais abstraits (p.70-71; 118).Un beau livre, violent et sauvage, qui ne sacrifie cependant pas l’aspect scénaristique au graphisme. Merci à Hugues Micol et Futuropolis !

p.118-119 ©Hugues Micos/Futuropolis


Voir quelques planches sur le site de l'éditeur : http://www.futuropolis.fr/en-prepublication-scalp-de-hugues-micol

vendredi 9 décembre 2016

Une librairie pleine de surprises pour Noël !

En ce moment chez Nebular store...
de quoi vous faire vraiment plaisir...

Inside Moebius, intégrale, 736 pages



Deux Locke and Key en un superbe recueil relié. 


Deux Walking dead en un, pour parfaire sa collec !


My (hell) God !

lundi 5 décembre 2016

La route est sinueuse, mais le chef d'oeuvre assuré, pour Christopher et Pellejero.

The long and winding road
Christopher/ Pellejero
Kennes
Octobre 2016

Christopher, que l'on apprécie ici depuis le début des années 2000, lorsqu'on l'a découvert avec Jean-Phillipe Peyraud dans les publications de la Comédie illustrée*, continue son bonhomme de chemin. Son trait frais et un peu naif, typique a cette petite maison d'édition, est repérable entre tous.
©Pellejero/Mosquito 2016
Il s'est installé tranquillement mais surement dans le paysage éditorial de la bande dessinée et s'est fait une petite spécialité d'histoires intimes et familiales, ("Les filles, All you need is love"...), tout comme il nous a habitué à des ambiances stylées autour de la culture pop et rock. Un peu finalement comme Dupuy et Berberian, ou Hervé Bourhis,  dans une autre style. A cet égard, sa série Love song, avec ses reprises, en couverture, de pochettes d'albums cultes beat des années soixante et particulièrement délicieuse.
Il revient aujourd'hui uniquement au scénario, avec une histoire charmante, passionnante et émouvante, au ton rock très marqué, dans un gros bouquin de 184 pages, dessinées par un Ruben Pellejero toujours aussi talentueux, à la bibliographie qu'il faut à tous prix (re) découvrir (1).

Le jeune Lucien découvre la Pop music
©Pellejero/Christopher/Kennes
 ...Campagne de Montpellier, de nos jours. Ulysse est un quadra discret et rangé, en passe de divorce, qui doit assumer aujourd'hui l'enterrement de son Père. Ils ne se connaissaient que très peu et Lucien, le défunt, a laissé des dernières volontés assez particulières : celui-ci désire en effet qu'Ulysse parte à bord de son combi Wolfswagen d'époque à l'ile de Wight, où il avait assisté au fameux festival en Août 1970, afin de disséminer ses cendres. Il doit emmener avec lui ses trois copains de jeunesse, trois hippies. Un périple initiatique que notre personnage principal n'a pas vu venir, et qui le chamboulera, tout comme nous.

Le Dead !
©Pellejero/Christopher/Kennes
Christopher a assuré avec ce long roman graphique. Si on est un peu dérouté au départ par l'imposant volume et l'apreté du propos (Ulysse nous file son spleen et on a que peu envie de le suivre à l'enterrement), on se prend assez vite au jeu du road trip et de la quête initiatique. D'autant plus qu'il est aidé par sa tante, charmante. Puis, dès lors qu'il s'embarque à bord du vieux Commodore, puis est rejoint par les trois vieux lascars anarcho hippies, l'aventure commence.  Quelque part, on est pas loin du trip "Little miss sunshine" (film de Jonathan Dayton et Valerie Faris, 2006).
Au niveau ambiances, j'avoue ressentir des similitudes avec le travail de Jean Claude Denis dans cet opus, c'est à dire pas mal de poésie et d'humanisme, mais je crois que l'auteur a développé très tôt cette propension personnelle. L'ajout d'une bande son seventies bien choisie qui suit pertinemment l'avancée de la troupe jusqu'à la fin du périple, rajoute  ceci dit beaucoup au charme de l'album. Je n'ai pu m'empêcher de mettre le casque sur les oreilles au fur et à mesure des suggestions, au moins pour découvrir ou ressentir l'ambiance encore plus fortement, et je recommande chaudement aux lecteurs de le faire, tant cela peut déclencher de vives émotions. Les personnages sont beaux, les pages de Ruben Pellejero magnifiques. Et lui qui sait si bien mettre en valeur les belles demoiselles, nous régale de cases superbes. Ah oui, n'oublions pas aussi l'humour, bien sûr, très présent dans cette aventure.

La réalisation de cet ouvrage a du représenter un sacré pari et une belle aventure pour nos deux auteurs, vraiment complémentaires, et se pose même, à mon avis,  comme une sorte d'acmé pour Christopher. De quoi l'intituler "The long and winding road" (la route longue et sinueuse.)

(*) Où il publiait déjà depuis 1995 !

(1) 
Pellejero, bien connu entre autre pour son personnage Dieter Lumpen, créé avec le collègue Jorge Zentner, et  dont le "Blues et autres récits en couleur" (Casterman 1999) vient d'être réédité sous le titre "Gammes chromatiques" chez Mosquito ce mois d'Octobre.


Ci-dessous : Un exemple de morceau disséminé tout au long de l"album.
Celui-ci en l'occurence m'a particulièrement ému vers la fin. 




La playlist complète de l'album, par Bruno Lourdelet :


Un ex libris de Christopher pour la sortie en allemagne de sa série Love song (2012)
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mardi 22 novembre 2016

Charles Christopher : le meilleur du strip moderne ?

Couverture unique pour la France
L'abominable Charles Christopher t2
Karl Kerschl

Lounak sept 2016

Oyé oyé ! On avait déjà eu du nez en orientant un faisceau de lumière sur le premier tome de cette oeuvre particulière, à l'occasion de la première chronique concernant les éditions canadiennes
Lounak, mais sans sa lecture effective, (mea culpa), il m'aura fallu attendre l'opportunité de ce deuxième volume pour bien comprendre l'enthousiasme généré outre atlantique par ce petit trésor. 

Le format cartonné à l'italienne s'ouvre, et déjà on remarque la qualité du papier utilisé : légèrement jauni, épais...un petit air de parchemin qui donne le ton. Puis la belle vue aquarellée unicolore dans des tons verts pâle, d'un lion surplombant une citée en feu dans une plaine, étonne. Et l'on entre enfin dans l'histoire, ou ce que l'on croit être une histoire "classique".  Mais il n'en est rien. 
En effet, très vite, la première impression d'originalité est surpassée par la forme : Charles Christopher est constitué d'un ensemble de strips, et ceux-ci ont la particularité de s'assembler comme un puzzle, série par série, dans un rythme bien déterminé.  
©Karl Kerschl/Lounak

On découvre d'abord une scène se déroulant dans la cité, vue par deux chats de gouttière. Puis des scènes de forêts, où un panel d'animaux nous est présenté. Leur petite vie tranche avec ce que l'on peut connaitre d'autres séries animalières, dans ce que les dialogues de chacun possèdent de philosophie et d'humour décalé. Un lien entre ce qu'exprime  les animaux et ce que l'auteur souhaite amener comme ambiance. A ce stade, on hésite entre un rappel des Boondocks (Aaron Mc Gruder, 6 albums chez dargaud 2001-2006)  ) et Bêtes de somme (Dorkin/Thompson, 2012 chez Delcourt), mais l'intégrale des strips de Peanuts, de Marc Schultz, en format à l'italienne, chez Dargaud est aussi une référence qui vient ... à l'esprit., justement à cause de celui-ci.  ;-)


©Karl Kerschl/Lounak
Puis Charles Christopher, une sorte de gentil yéti des bois apparaît, avec une bonhommie et un silence qui tranche avec l'agitation du reste des personnages. D'ailleurs ces propres strips sont attendus avec d'avantage d'impatience car ils sous-tendent tout le récit, les autres bandes procédant finalement plutôt comme une sorte de ressort humoristique et sociétal rythmant l'album. Charles va vite devoir affronter le seul humain visible de l'histoire, un petit roi belliqueux, dont on ne verra cependant pas le visage, caché par un masque très...animal.

Enfin, une autre série de strips concerne d'autres animaux, parqués dans un cirque aux faubourg de la cité. Présentée sous un titre : " L'histoire de Vivol et moonbear" celle-ci constitue le pendant des déboires de Charles Christopher, et on comprend rapidement que les deux sont destinées à se rejoindre. 

©Karl Kerschl/Lounak

Ce que j'en pense : La forme du dessin, plus que la mise en page, originale, et le costume de guerrier du petit roi avec sa grosse épée, pourrait, au premier abord, faire penser à un album de série manga fusion, dont quelques titres moyens déjà vus n'apportent pas grand chose à la production (française, entre autre). Mais il n'en est rien. Karl Kerschl n'est pas un nouveau venu, et ce qu'il a développé dans ce titre, au delà des séries comics de super héros auxquelles il est associé par ailleurs fait montre d'un regard et d'une originalité bien personnelle. Son côté indépendant (on est chez Lounak !) est revendiqué, et on savoure l'aspect intriguant du scénario. A vrai dire, on ressent un étrange fascination pour ces strips déroutants, qui ne se suffisent pas vraiment à eux même (quoi que, pour certains, si !) et qui sont imbriqués dans un synopsis plus complet au suspens bien tenu. La forme et le fond sont de fait habilement associés, pour faire de ce Charles Christopher une oeuvre dores et déjà culte. 

A découvrir absolument, et tous publics, même si le ton choisi et les nombreuses références implicites trouveront encore davantage d'écho auprès des amateurs de narration graphique indépendante.

Voir le site de Karl Kersch

mardi 15 novembre 2016

Bloody hell, Satanie est enfin complet !

Satanie
Vehlmann/Kerascoet
Métamorphose/Soleil
Oct 2016

Fabien Vehlmann nous avait prévenu en février 2014 que « faute de ventes suffisantes du premier tome » de cette aventure très bizarre dans les enfers, "il n’y aurait pas de parution du second tome initialement prévu » (1)
On avait pourtant apprécié ici ce début de dytique, titré à l’époque « Voyage en Satanie », (Dargaud, 2011) coréalisé avec Kerascoét, binôme d’auteurs dont les participations graphiques sont souvent liées à des oeuvres remarquables et décalées. C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on accueille cette édition complète, reliée de belle manière dans un écrin rouge-sang magnifique, aux lettres d’or incrustées à chaud en couverture et sur le dos.
Mais de quoi s’agit-il ?

L’Abbe Montsouris rejoint en urgence au fond d’une grande grotte une équipe de spéléologie partie à la recherche de Constantin, disparu deux mois auparavant. L’équipe qu’il retrouve compte Mr Lavergne, la jeune Charlotte, soeur de Constantin, Legoff, et deux autres adultes. Malheureusement pris dans une inondation d’un orage extérieur qu’ils n’avaient pas anticipé, ceux-ci se retrouvent propulsé dans un noyau inexploré et vont vivre une aventure pour le moins extraordinaire. Ce sera en tous cas pour eux l’occasion de vérifier la théorie de Constantin, prêchant l’existence d’une race de démons vivants au coeur des enfers.

©Vehlmann/Kerascoet/Soleil

Il n'y a pas que du souffre et de la chaleur qui émanent de cet album, mais aussi beaucoup de poésie et d'étrangeté, comme on l'avait déjà ressenti à la lecture d'autres albums de Kerascoet tel Jolies ténèbres (Dupuis, 2009). Fabien Vehlmann nous emmène dans une descente fantastique, bien sûr beaucoup empruntée à Jules Vernes et son Voyage au centre de la terre, mais pas que. La première rencontre des aventuriers avec une civilisation pacifique dans une univers troglodyte plutôt moderne, rappellera aussi aux amateurs le Rayon U d'Edgar Pierre Jacobs. Puis la suite, où cette quête incroyable amènera Charlotte et sa petite troupe, (car celle-ci prend de plus en plus l’ascendant) vers le noyau de la terre et des décors dantesques, nous fera découvrir les fameux êtres décrits par Constantin dans ses notes. On s’était arrêté là en 2011, et c’est une simple pleine page noire qui nous propose d’aller plus en avant explorer cet univers rougeâtre, qui va ensuite exploser de mille couleurs et de créatures toutes plus étranges les unes que les autres*. 

©Vehlmann/Kerascoet/Soleil

Kerascoét s’éclate alors à 100%, et la retenue concernant le graphisme, dont on avait pu faire preuve sur le premier épisode, s’efface totalement. Le scénario est époustouflant, les pages bien mieux remplies, et les personnages (dont Charlotte, qui devient femme en quelques pages, mais chut, pas de spolier), entrainent le lecteur dans un maelström, néanmoins maîtrisé. Jusqu’au bout, on se demande en effet comment l’auteur va pouvoir gérer son final, tant l’histoire est ahurissante et pleine de rebondissements… mais une dernière pirouette permet de conclure en beauté… un récit qui pourrait éventuellement voir une suite.

Ce qui est incroyable avec cet album et cette histoire, superbes, en dehors de tout ce qui a été déjà dit sur la qualité scénaristique et la puissance poétique du graphisme, c’est aussi son ton adulte, qui surprend à plusieurs reprises, justement parce que le dessin à lui seul pourrait faire penser au premier abord à une oeuvre jeunesse. Or, à l’image de  Jolies ténèbres, et de ce que doit souvent faire le duo Kerascoét, il n’en est rien. Cela rajoute à la pertinence du propos au yeux d’un lecteur adulte.
Se dire qu’un tel album aurait pu ne jamais être offert complet aux yeux du public est une aberration, que vous vous empresserez de rejeter en l’achetant.

(1) http://vehlmann.blogspot.fr/search/label/Voyage%20en%20Satanie

(*) Et je ne peux m'empêcher de penser ici à Alerte aux Zorkons, le célèbre épisode de Spirou et Fantasio se déroulant dans une jungle fantasque.

lundi 7 novembre 2016

Le voyage exotique oui, mais avec Chronosquad.

Chronosquad 1 : l'une de miel à l'âge de bronze
Giorgio Albertini/Gregory Panaccione
Delcourt 2016



Nous sommes dans un futur qui a maitrisé le voyage dans le temps. Telonius Bloch est un trentenaire spécialisé en histoire du moyen âge. Il vit en colocation avec un copain et une superbe rousse, et a tout du parfait loser. Un matin, il est contacté par la Chronosquad, une agence qui assure la sécurité des voyages de tourisme dans le passé. La fille d'un banquier a en effet disparu avec son petit ami alors qu'elle était en vacances dans l'Égypte antique. Un équipe est montée en urgence à leur rescousse, et Telonious en fait partie.
L'ambiance de ce premier tome, d'une histoire qui en comptera quatre au total, pourra bien sûr faire penser aux Brigades du temps, de Kris et Duhamel (trois tomes parus depuis 2012 chez Dupuis), mais aussi, époque et lieu oblige, un peu à Papyrus (série classique de De Gieter chez Dupuis). La comparaison s'arrêtera là, car cette nouvelle série, plutôt adulte, au ton moderne et science-fictionnel revendiqué, explore davantage les "bas-fonds" et les dures réalités historiques des sociétés qu'elle visite, qu'elle ne donne à en rire.
Trop facile le voyage dans le temps !
©Albertini/Panaccione/Delcourt
 
Giorgio Panacini est d'ailleurs un professionnel du moyen âge et d'archéologie, ce qui explique le souci du détail des époques mises en scène. Si l'on navigue entre au moins deux continuum spatio- temporels différents : celui de notre présent avec l'équipe centrée autour de notre Mr Bloch au gros nez un peu gauche et le décor du lieu d'enlèvement des deux tourtereaux, le scénariste a aussi la malice d'incorporer un troisième élément (l'histoire d'amour de l'agent Chronosquad Penn avec Léonard de Vinci), ce qui rajoute un peu de piment à un déroulé pourtant déjà assez touffu.

Une touriste en fâcheuse position...
©Albertini/Panaccione/Delcourt
L'aventure est l'élément clef de ces voyages, et le Dinosaure blanc d'Henri Vernes (Bob Morane) n'est pas loin lorsque l'auteur nous transporte dans le paléolithique, même si l'époque n'a rien à voir. On est embarqué dans ce récit dès les premières pages, et on se demande si le ton faussement naïf employé par le dessinateur (cf le gros nez et le côté Pierre Richard de l'anti héros) n'est justement pas là pour faire passer la pilule d'un récit improbable. La couverture de l'album à cet égard, pourrait en rebuter un certain nombre.

Cependant, et au final, on est conquis par l'originalité du scénario, le charisme des personnages, et la profondeur des éléments dispatchés, notamment comment la violence, voire l'esclavagisme, liés à la notion de tourisme à outrance sont traités, apportant au passage une belle critique à peine voilée sur le voyage contemporain en "zones sensibles". Et on en redemande.
Ça tombe bien, trois suites sont annoncées.

Recommandé, et tous publics, quoi que certaines scènes peuvent heurter les plus jeunes.

lundi 24 octobre 2016

Le temps des sauvages de Sebastien Goethals : un roman graphique à dévorer !

La couverture, à elle seule, est un petit bijou.
Le temps des sauvages
Sébastien Goethals
Futuropolis
D'après le roman de Thomas Gunzig : Manuel de survie à l'usage des incapables.
Oct 2016, 168 p.

Sébastien Goethals, dessinateur spécialisé en polar et beaucoup vu chez Bamboo/Grand angle ou chez Soleil, signe là son premier roman graphique, hors série, et surtout seul. Il adapte un roman très bizarre, Sélection Prix Mauvais genres 2013, et Prix triennal du roman de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2016.

Tout d'abord on ne comprend rien : deux vieux jumeaux assis dans un petit salon étriqué racontent à un interlocuteur invisible (cela pourrait être nous) l'histoire vrai de Charles C Baker, qui en 1960 a eu l'idée d'inventer le beignet de poulet (le nuggets), mais n'a jamais pensé à déposer un brevet.  Il s'est fait déposséder par le créateur de la chaine Mac Donald, et personne ne se souvient de lui. 

Ce prologue introduisant l'univers du marché économique passe ensuite à une sorte de générique et une mise en abimes, où l'on pourrait quasiment entendre de la musique, celle d'une caisse enregistreuse . Nous sommes en effet dans un supermarché et le livre que nous sommes en train de lire passe sur le tapis roulant...


Une société de consommation rendue folle

Dans ce supermarché travaille Jean, un jeune agent de sécurité, à peine trente ans, et aujourd'hui il est en planque avec un collègue, en train d'observer une vieille caissière. Nous sommes en effet dans un futur proche, et le monde dans lequel nous vivons est basé entièrement sur la compétitivité, la perfection, l'obligation de réussite. Martine La verdure a la malchance d'aimer un de ses collègues, or le moindre signe de rapprochement, sur leur lieu de travail, peut leur être fatal. C' est ce qui va arriver, très rapidement, car la faute est attendue et même recherchée par l'employeur.  Mais une fois tous deux convoqués dans le bureau de la DRH, la situation si injuste et violente va générer une série d'accidents qui vont aboutir en cascade à la mort (le crime même) de Martine. 
Fin du premier acte. 
La suite, qui en réalité commence dès le début, mais en parallèle, met en scène une bande de quatre bandits cagoulés, très souples, animal même dans leurs attitude, qui vont attaquer au bazooka et explosifs, de manière très professionnelle, mais sauvage, un fourgon blindé appartenant â la chaine du même supermarché. 
Ces quatre frères : Blanc, Brun, Noir, Gris , des hommes loups, sont en fait les fils de Martine. Et leur vengeance de sa mort va tendre le déroulé de cette histoire, vraiment spéciale...
Une planche d'introduction magnifique,
aux allures de Boucq.
Si on partait d'un roman déjà très particulier et de qualité, et Thomas Gunzig est connu pour son originalité, il est admirable de voir avec quel brio Sébastien Goethals a réussi à créer un Roman graphique tout aussi précieux. On a,  dès la première planche, très poétique, et on le sent, tel un flashback, une ambiance qui est posée. Sébastien maîtrise sa mise en page et possède un dessin noir et blanc superbe, au lavis gris élégant, qui rappellera ici celui de Boucq. Trait fin, belle dynamique, noirs bien noirs, et dialogues au ciseau. On est séduit par autant de perfection.

En dehors du rappel esthétique lorgnant vers Boucq, on pourra aussi penser quelques instant à la série Lloyd Singer. Peut être vis à vis de la proximité éditoriale des deux auteurs (édités chez Bamboo tous les deux), mais peut être aussi pour l'espèce de folie latente transpirant du scénario.
Une maîtrise du suspens et de la tension,
comme des scènes d'action.
Cela s'arrête, ceci dit, là, car ce qui sous tend Le temps des sauvages, ce sont, d'une part l'élément très important du système économique ultra libéral de l'histoire, permettant une critique très forte d'un système, pas si éloigné que ça du notre (on est ici dans un pays européen, non loin de la Russie), et d'autre part l'élément fantastique omniprésent, caractérisé par les détournements pirates de gène codes, réalisés sur certains enfants,  les ayant amenés à voir mélangées certaines caractéristiques animales à leur ADN. Il n'y a pas que les loups d'ailleurs qui possèdent ces facultés. Cela présente l'intérêt d'un suspens bienvenu dans les retournements de situation. C'est donc ce subtil et intelligent mélange d'éléments qui donne toute l'étrangeté et la saveur de ce récit, que l'on dévore avec passion.



Le système de flashback-prologue/conclusion- fermeture de l'histoire, très cinématographique, ajoute à l'esthétique et confirme aussi le sentiment d'une maîtrise scénaristique, peu commune. On remerciera donc pas un, mais deux auteurs, pour nous donner autant de plaisir. 
Un lauréat pour Angoulême, cela va de soit. 


Analyses