lundi 10 février 2014

Danilo Beyruth délivre un astronaute du magnetar

Astronaute
Au coeur du Magnetar

Danilo Beyruth, d’après Mauricio de Sousa
Cris Peter, couleurs.
Panini, collection Fusion comics
Août 2013


Mauricio de Sousa est un auteur Brésilien qui a créé le personnage de l’Astronaute « Astronauta » en 1963. Il s’agissait d’une bande pour enfants dans le journal Diaro de Sao Paulo.
Ce petit bonhomme dessiné dans un style cartoon humoristique et enfantin typique de ces années là, va connaitre de nombreuses aventures dans l’espace alors qu’il vogue vers l’inconnu. Sa combinaison spéciale (et spatiale) lui permettant de voyager sans vaisseau.

Dans l’introduction écrite par l’auteur original*, celui-ci explique qu’en 2009-2011, une sélection d’auteurs brésiliens a été menée afin de proposer des versions modernes de ses personnages principaux. Les ouvrages MSP 50, MSP +50 et MSP novos 50 ont paru.
Puis une collection  Graphic MSP présentant une relecture de personnages par d’excellents artistes contemporains a suivi.
Danilo Beyruth, auteur né en 1973 a connoté un roman graphique de toute beauté qui a retenu particulièrement l’attention générale. C’est cette histoire qui nous est proposée aujourd’hui.

La voix off du héros nous raconte comment celui-ci, qui vivait enfant à la campagne avec son grand-père est parti une fois adulte voguer dans l’espace, en tant que découvreur de Magnetar.

Le magnetar, c’est « un curieux corps céleste qui se créé après la formation d’étoiles à neutrons, un des stades possible d’une étoile super massive en fin de vie. La forte vitesse de rotation de l’étoile à neutrons élève son champ magnétique, déjà très intense, au niveau de celui d’un magnetar, émettant un haut niveau de rayons x et de radiations gamma.
(…) C’est une surface aussi dense qu’un  gigantesque diamant. Le moindre mouvement de la croûte génère une secousse sismique de (32 ?) points sur l’échelle de Richter. Un tremblement de terre
stellaire ».



L’astronaute, quadra longiligne et à la barge naissante qui n’a rien à voir en termes de look avec le personnage original, et dessiné dans un style semi réaliste. Il s’apprête, après avoir arrimé son petit module spatial sur un astéroïde  proche, à sortir pour poser des capteurs aux alentours du Magnetar. Mais l’activité endommage son appareil et il se retrouve en danger, au milieu de séismes apocalyptiques.

Après avoir tenu de nombreux jours seul avec quelques moyens rudimentaires, sans espoir de secours, il va perdre peu à peu la raison…et délirer, jusqu’à voir sa propre femme Ritinha, autre personnage de la série originale, ainsi que son grand-père... et des fantômes.
C’est lors d’un de ces délires qu’il va avoir la révélation de son issue.
La combinaison spéciale  : l’uniforme 33 Titan, sorte de capsule personnelle, coincée au fond de sa navette, va lui permettre de tenter l’impossible…


La chose qui frappe au premier abord de cet album, c’est sa maquette particulièrement lumineuse et soignée. La couverture a tout d’un bon pulp de SF, et les pages glacées intérieures proposent des planches dynamiques aux couleurs chatoyantes, dans les tons de bleus métallique et d’orange. beaucoup de blanc aussi, qui donne un aspect très propre à la publication.
On aborde donc l’histoire avec intérêt.
Le récit commence cependant doucement et le lecteur se demande où veut aller l’auteur.. Le drame de la situation se transforme néanmoins rapidement en suspens, jusqu’au dénouement inattendu.

Si l’on pense au film Gravity en lisant « l’Astronaute au coeur du Magnetar », c’est à la fois une coïncidence, et un hommage sans doute indirect que le film rend à cette série, écrite et parue un an plus tôt. Ce roman graphique s’inspirant lui-même d’un personnage et d’aventures créés en 1963, le sens de l’éventuel hommage ne peut faire aucun doute.
mais en dehors de cette considération purement ludique, il est intéressant de remarquer combien Danilo Beyruth a pu écrire et dessiner un album oh combien graphique et philosophique à la fois. Ce sont deux points primordiaux que l’on retrouve justement dans Gravity. (…)

Un bel ouvrage, notable à bien des égards, recommandé pour tous publics. Bien que son niveau de lecture soit plutôt réservé à un niveau adolescent/adultes.


Necronauta, un autre personnage récent de Danilo.


(*) Un dossier sur la série originale est ajouté en fin de volume.

> Le blog de Danilo Beyruth : http://evilking.net/

et une interview rigolote de l’auteur avec  Sydney gussman (en portugais) via l’émission « Agora é tarde »

Pour se tenir informé des bandes brésiliennes :
http://espanadores.blogspot.fr/2013/09/astronauta-magnetar-danilo-beyruth.html

http://www.comichouse.blog.br/2012/11/astronauta-magnetar-por-danilo-beyruth.html

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lundi 3 février 2014

Deadline : faire sauter les cloisons mentales

Encore une chronique "décalée" (ce n'est plus vraiment une vraie nouveauté)... mais il aurait été dommage de ne pas rappeler l'existence de ce superbe album :
Dead line
Bollée/Rossi
Glénat Sept 2013

Laurent Frederic Bollée est un scénariste qui a déjà une quarantaine d’albums à son actif. On citera entre autres la série Apocalypse mania. Mais il a surtout intégré la cour des grands à l’occasion du pavé Terra australis chez Glénat en 2013. A suivi ce « western » étrange, dessiné par le grand Christian Rossi. (West, Jim Cutlass...) Rossi, qui rend, si je ne m'abuse, un hommage mérité à son maître Jean Giraud en début de volume : "A Jean".

Deadline, malgré son grand format cartonné classique, étonne déjà par sa couverture intrigante représentant un soldat sudiste et un prisonnier noir, séparés par une ligne blanche.
Si le quatrième de couverture annonce : « Août 1864, la guerre de sécession. Une garde de nuit. Un soldat, des prisonniers. Entre eux, une ligne. Une simple ligne. Ue ligne de mort…Qui change une vie », rien ne prédispose à lire ce qui va être dévoilé dans cet album de 82 pages.

Car c’est tout l’attrait de ce récit se déroulant donc plutôt au sud des Etats unis : nous faire croire que nous sommes dans un western (d’ailleurs un autocollant promotionnel indique sur la couverture : « Par le dessinateur de West »), alors que le propos va être bien plus dramatique, personnel et intimiste qu’une simple aventure de cow boys.

Il serait inopportun de dévoiler le coeur de cette histoire, dont le suspens et l’étrangeté font tout le charme… On se contentera donc de dire tout le bien qu’on en pense, et le malaise diffus qui nous étreint à sa lecture.

Tout d’abord, notons l’entrée en matière très fantastique, due à l’invasion de papillons historique (des Papilio glaucus) venus du Kentucky cette année là. Ce phénomène naturel, incrusté dans les premières images de la planche 1 avec un cadavre de de cheval à moitié décomposé, et le texte off proposent une mise en bouche radicale, qui annonce la suite.
« Un malheur de plus après le grand incendie survenu l’année précédente, dans le comté. Le siècle était nouveau mais le sud puait toujours autant ».

Bollée nous garde ensuite dans le présent, dés la page 2, pour nous faire assister à une scène non moins étrange, un peu shakespearienne, où un homme vient chercher dans un village tranquille un vieil homme handicapé, ex sergent de l’armée confédérée, pour l’abattre froidement.
On comprend dés lors que cet homme : Louis Paugham, a vécu un passé lourd, et qu’il va falloir remonter le fil de sa vie pour comprendre son geste.
Le tintement de la cloche du village lui fait alors tourner la tête et nous tournons aussi la page, qui va nous amener dans un beau travelling, vers un premier flash-back*.

Louis Paugham n’a pas eu une enfance heureuse, et ce nom n’est d’ailleurs pas le sien. Il a été adopté lors de la mort de ses parents, onze ans plus tôt, tués par des esclaves en fuite. L’ironie : il est sauvé par un démocrate anti esclavagisme.Ce dernier va aussi être rattrapé par la haine et mourir, et Louis va finir enrôlé dans l’armée sudiste, à surveiller et déplacer un groupe de prisonniers. Les allers et venus entre passé et présent vont donc s’accumuler.
Au sein de ce groupe : un soldat noir très étrange, qui va le hanter, plus que de raison.

La scène clef, page 45 ©Rossi/Bollée/Glénat

Si le scénario, ainsi dévoilé, se pose déjà comme une histoire originale et peu commune, la suite va déstabiliser encore plus le lecteur.
Rien ne nous prépare, même pas le déchainement des éléments au milieu de l’histoire (superbe scène d’orage en pleine nuit, pages 36-38), à la descente infernale vers l’enfer psychologique que va vivre ce jeune soldat.
Dans un monde en pleine guerre civile, où les acquis de l’esclavagisme sont très forts, ce personnage déboussolé, partagé entre la vengeance de la mort de ses parents et les idées inculquées par son père adoptif, vont être entièrement remises en cause par son fort intérieur, faisant de lui un être à part, sans attaches possibles. Dés lors, il n’y a qu’une issue : et elle ne peut-être que dramatique.

Deadline est un livre fort, étrange, aux contours flous et poreux, qui diffusent plusieurs messages. L’auteur n’hésite pas à se servir de faits historiques pour affermir son propos, mais y insère au passage une histoire intime violente, dont on n’a pas l’habitude dans ce genre d’ouvrage.
Ce n’est pas un western d’aventure, mais bien une plongée introspective dans une période troublée, et le révélateur de pensées progressistes qui dérangeaient trop en leur temps.
Ajouter un sujet fort supplémentaire, tabou pour l’époque, lui confère une tonalité très moderne, mais le pose dés lors comme un ouvrage « à part », au coeur très indépendant.
Cette deadline imagée finalement, n’est-elle pas cette que s’est fixée chaque homme aux sein de son esprit ?

Deadline n’est donc pas à ranger du côté des westerns classiques, et s’il rappelle par certains aspects le « Django Unchained » de Tarantino, sorti quelques mois plus tôt, il aura plutôt sa place aux côté des grands romans graphiques adultes, même si la dizaine de flash-backs reste le point faible de l’album, qui nous perd un peu.

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jeudi 30 janvier 2014

Médée : et Nancy Péna révélée

Médée, L’ombre d’hécate
Nancy Pena/Blandine le Callet
Casterman Nov 2013

Tiens, une dessinatrice apparaissant avant la scénariste, sur une couverture, c’est assez peu commun pour être relevé. Mais Nancy Péna le mérite.
Elle est une « jeune » dessinatrice née en 79, plutôt orientée dessin jeunesse. Cependant lorsque l’on voit ses publications BD chez la Boite à bulles, ou certains petits livres de belles images chez Charrette, on se dit que son style hachuré noir et blanc (ou colorisé) marque surtout par son côté indépendant et mature (1).

D’ailleurs, une fois compris que cette demoiselle aimait les chats, on tombe d’accord pour admettre qu’elle se débrouille très bien sur des récits adultes, d’autant plus qu’elle réalise le scénario en sus, et qu’elle ne choisit pas la facilité: Le cabinet chinois (2003), Le Bestiaire de l'Olympe (Milan, 2011, une préfiguration de "Médée" ?), la Guilde de la mer (2006, 2008 La boîte à bulles)…
 En effet, ces récits influencés ou directement inspirés de légendes et cultures asiatiques (pour ne pas dire chinoises) attirent l’attention par leur originalité. Le style bigarré et très détaillé totalement adapté au propos complète le tableau que l’on peut faire rapidement de cet auteur.

Médée est un des premiers album co-réalisé avec un scénariste, et cela marque un tournant dans la jeune carrière déjà bien remplie de Nancy Péna chez les fanzines et les indépendants.
Nancy Le Callet, de dix ans son ainée, enseigne le latin à l’université.
Toutes deux s’associent cette fois-ci pour nous conter l’histoire de Médée, 3eme enfant sur 4 de Ydia et Aiétés, roi de Colchide.

Cela commence en Grèce (antique), alors qu’une vieille dame accompagne dans la mort son esclave. Celle-ci se dirige ensuite vers une grotte connue d’elle seule, et contemplant des souvenirs, nous offre son passé…
Médée a une grande sœur, et un petit frère : Absyrtos, sujet à des crises d’apoplexie. Il est la douleur de son père, le roi, qui jalouse les enfants de sa propre fille : Calciopée, mariée à Phrixos : 4 superbes garçons.
P.39 issue de :
http://blandinelecallet.tumblr.com/
C’est ainsi, que, plutôt désinvolte, mais passionnée de tout*, elle va prendre petit à petit une place particulière dans la famille et la ville, jusqu’à devenir, à sa maturité, prêtresse au temple d’Hécate, déesse des enfers…


L’intérêt de cet album, en dehors de ses qualités graphiques déjà abordées, mais celles-ci se révèlent encore davantage dans ce beau livre cartonné aux pages de garde soignées, réside dans le choix de sa scénariste de nous proposer l’enfance de cette prêtresse bien connue dans la mythologie grecque.
Il y avait matière, et la matière se déroule lentement mais avec beaucoup de saveurs, nous délivrant au passage une foule de détails historiques et culturels.
Un livre soigné, une histoire passionnante dés le premier tome… beaucoup aimeraient en être déjà à ce niveau.
Nul doute que ce 1er tome de « Médée » soit une porte grande ouverte vers la reconnaissance bien méritée de ces deux auteures.


(1) Indépendante, certes, elle l'est, quand on sait qu'elle a participé avec Guillaume Long à l'illustration de l'album "The And" d'Angil & the Hiddentracks.

(*) Le nom de Médée est issu du verbe grec "médomai" ("μηδομαι") « méditer », issu de la racine d'origine peut-être médique "med" : comprendre, concevoir1. Ce nom révèle peut-être le savoir ou la capacité à raisonner de ce personnage (Wikipedia)

Le blog de Nancy : http://nancypena.canalblog.com

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mercredi 29 janvier 2014

Winter world : le dégel pour Jorge Zaffino !

Winter world
Chuck Dixon/Jorge Zaffino

Delcourt
Juillet 2013

Jorge Zaffino était un artiste Argentin, qui a commencé à dessiner très tôt, à l’âge de huit ans pour l’industrie. Il s’est d’abord fait connaître en dessinant le fameux Nippur de lagash, série d’aventure historique, jamais traduite en France.
Puis il part aux Etats-unis avec un ami, et fait là-bas la connaissance de Chuck Dixon, scénariste de comics Marvel et DC qui tombe sous le charme de son dessin et lui propose une mini série de SF survivaliste : « Winterworld". Celle-ci est éditée en 3 fascicules chez Eclipse en 1987 et 88, avec un deuxième chapitre intitulé : « Winter seas ».
Ce sont ces deux chapitres que Delcourt nous propose fort heureusement, trente ans après, sur 143 pages.
Une planche originale du récit,
tirée de Comicartfans.com

Winterworld, c’est l’histoire de Scully, un aventurier plongé dans ce monde glaciaire où l’humanité survivante s’est regroupée en tribus plus ou moins sauvages. Lui à bord d’une sorte de tank, les fourni en provisions diverses. Suite à une agression, il récupère Wynn, une adolescente à qui il s’attache. Mais la malchance s’acharne et tous les deux vont être amenés à défendre leur peau après leur mise en esclavage par une autre bande organisée.
Celle-ci qui produit des aliments naturels au sein d’un stade couvert transformé en serre géante…

Winterworld, comme nous l’indique le 4eme de couverture, « figure parmi les influences majeures des comics des années 1980 ». A sa lecture, cela semble évident que c’est grâce à des récits de ce type, et d’autres similaires comme ceux d’Alan Moore par exemple avec la ballade de Halo Jones, que des scénarios comme Walking dead ont pu germer des décennies après. Violence, négociations entre tribus survivalistes, moyens de transports inventifs, réflexion sur la condition humaine, tout y est.
Quant au style fin, nerveux et hachuré en noir et blanc des dessins, assez typhique des années 80, il sert à merveille un scénario très dynamique réservant beaucoup de surprise et d’inventivité.
Couverture du Sketchbook

Dire qu’il a fallu la mort de ce dessinateur pour qu’enfin, ce qui est considéré comme son oeuvre majeure paraisse en France est incroyable. D’autres dessinateurs et auteurs sont encore sûrement dans ce cas, mais le sentiment de tenir une référence dans ce petit album est si fort que cela en est presque triste.
Zaffino a pourtant eu quelques opportunités de publications françaises, mais pas très avantageuse : 1 récit dans « Batman black & white » en 1996, 1 dans le tome 2 de « Hellraiser » (comics USA) 1991… et on verra peut-être bientôt les 34 pages de son « Horned god » de Savage sword of Conan (1989)*
Mais disons que cela n’est pas grand chose, à la vue de son talent. 

Un petit sketchbook a été édité en son temps dans les pays hispaniques.
cf : http://www.historieteca.com.ar/Novedades/editoras/ancaresanteriores.htm; et il serait intéressant de pouvoir parcourir un tel document mis à jour.

Merci à Declourt en tous les cas pour cette initiative heureuse.


(*) Inclus dans l’édition TPB à paraitre en mars aux USA ! (Volume 16)

Consultez : http://www.dixonverse.net/artpages/winterworld.htm

http://dylanwilliamsreporter.blogspot.fr/2012/08/all-that-could-have-been-jorge-zaffino.html

Un tas de planches à dévorer, en ligne, sur la galerie de Gianmaria !

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samedi 18 janvier 2014

"Qui es-tu Aâma" ?

Aâma T3
Le désert des miroirs

Frederic Peeters
Gallimard
Octobre 2013

Voyez-vous ça : déjà une dizaine d’années que Lupus a paru : superbe triptyque de science-fiction d’un suisse talentueux remarqué quelques années plus tôt avec « Pillules bleues » chez Atrabile, et.. pas une chronique sur Nebular, ni Hectorvadair’s ?
J’avoue que moi-même je n’y comprends rien. J’avais pourtant apprécié « Pachydermes », (2009), one shot très bizarre, qui surfait sur l’étrange bien que ne pouvant être rangé dans le genre SF... et adoré le lancement de cette dernière série « Aama », science-fiction « intellectuelle » (*) de grand cru, dans laquelle j’avais pourtant vu dés le premier tome un classique » immédiat.
Mais le temps.. des occasions manquées.. des oublis..
Bref, rattrapons ce retard honteux :

Frederik Peeters nous a emmené depuis deux tomes déjà dans un voyage aux confins de la galaxie, sur Ona(Ji) planète sauvage ressemblant aux premières aubes de la terre. Verloc, personnage présenté en début de récit,  a en effet du fuir Radiant et sa justice, à bord du vaisseau de son frère Conrad, chargé de mission de sauvetage sur Ona(ji), où d’étranges expériences ont été menées. Churchill, un robot à apparence de gorille, l’un des plus sophistiqué aujourd’hui, les accompagne.
...C’est en tous cas ce que nous raconte Verloc, depuis le début du premier tome, en lisant ses propres notes, car il a perdu toute mémoire récente, et, désorienté, seul avec Churchill sur Ona(ji),  il doit retisser le fil de leur voyage.

Nous retrouvons donc dans ce tome la troupe, complétée par les colons sur place abandonnés, en « randonnée » sur Ona(ji), en train de lutter de plus en plus durement avec les pico robots, sorte de réseau électronique puissant, s’étant répandu et intégré à la vie grouillante de la planète, et détruisant/ingérant toute matière étrangère intruisive.
Rappel : Entre temps, Varloc avait  aussi retrouvé sa fille, laissée pourtant sur Radiant auprès de son ex compagne.. Mais est-ce bien sa propre fille ?
Avançant difficilement dans la jungle sauvage exubérante et électro-organique d’Ona(ji), la troupe va subir à la fois d’étranges expériences personnelles ainsi que de lourdes pertes.
L’issue du récit semble à la fois fatale et proche.
Un essai sur le blog de Frederic Peeters

(*) Fredric Peeters maîtrise pleinement son récit, et nous ravit d’une science-fiction porteuse d’influences littéraires issues de récits d’auteurs comme Ray Bradbury (Farenheit 451), ou Stanislas Lem (Solaris), récits où l’étrange et les dialogues priment sur l’action et le sensationnel.

Des films comme Enemy mine, les Maîtres du temps (Moebius), ou des séries telles les Naufragés du temps (Gillon),  ou Aldébaran (Léo), pour leurs luxuriances animales et végétales et leurs réflexions philosophiques peuvent aussi donner une idée approximative de l’ambiance que l’on peut trouver dans Aama.

L’auteur nous immerge ceci-dit dans un monde original et personnel, où l’exubérance et l’étrangeté des décors illustre la sensation d’oppression et de danger que les aventuriers ressentent.

Dans cette longue quête (86 pages dans ce tome), Peeters ne perd cependant à aucun moment son lecteur; et c’est bien là que réside sa grande force, au delà de sa maîtrise graphique, au style très agréable, proche de la ligne claire. Car le scénario est relativement complexe et construit sur un principe de flash-back intéressant (la lecture par un héros devenu amnésique de ses propres notes.)
On notera à ce propos la rare scène d'action particulièrement remarquable située entre les pages 72 à 79, qui marque les esprits par sa violence sauvage.

Aâma : sauvage et sans pitié p.76
©Peeters F/Gallimard



Introspection, relations familiales, peur du « vide », peur de l’autre, confiance en soit et capacité à se dépasser, recherches biologique et expériences bio électroniques… tels sont les quelques thèmes abordés dans Aâma, qui ouvrent grand les possibilités de lecture et d’interprétations.

Une série, comme on l’a dit, dores et déjà culte, avant-même son quatrième (et dernier) tome.



Frederic Peeters recherche quelques uns de (ses) planches/dessins originaux. En avez-vous ?
http://projet-aama.blogspot.fr/2013/11/les-miettes.html

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lundi 13 janvier 2014

Skinner enfant, c'est Travis qui fait la couverture ! (American vampire 4)

American vampire tome 4
Course contre la mort
Snyder/ Albuquerque, Bernet, et al.
Urban Comics
Nov 2013

American vampire est l’une des séries phares actuelles américaines qui cartonne
chez Urban comics, avec Lock and key, et les classiques de chez Dc.
Il faut dire que les scénarios de Scott Snyder nous proposant de découvrir les souches originales américaines de la race des vampires, au fil du temps (ambiance western XIXeme, années cinquante, première guerre mondiale, seconde..aujourd’hui..) sont au top, et que les dessins de Rafael Albuquerque plutôt dynamiques et adaptés au découpage nerveux de Snyder.

Dans le tome 3, on avait laissé notre vampire original américain Skinner sweet en mauvaise posture dans les îles du pacifique (c’était un épisode qui se déroulait durant la seconde guerre mondiale), poignardé avec de l’or (son talon d’Achille), par sa protégé Pearl, souhaitant sauver son amant Henry.

Dans ce tome 4, le récit s’ouvre sur l’enfance de Skinner, alors enfant adopté, dans le conté de Garon, Missouri, en 1863. Lui et son demi-frère, James Brook, vont s’engager dans la cavalerie américaine, et affronter un partie d’apaches belliqueux. Ils en reviendront changés…
Cet épisode western qui va nous révéler les origines réelles de la souche américaine via la déesse Mimiteh, est, oh surprise ! dessiné par le grand Jordi Bernet (Torpédo, Jona Hex), ce qui en fait un chapitre  (de 60 pages) particulièrement appréciable et collector.

Ces révélations d’origines sont d’autant plus importantes que James brook, le demi frère de Skinner est devenu ensuite, on l’a vu dans les précédents épisodes, son premier traqueur lorsqu’il s’est transformé.

L'épisode western original

Le reste du récit se déroule dans les années 50 et nous présente le personnage de Travis Kidd, un teen-ager à la sauce James Dean (d'où la course de voitures en clin d’œil), qui n’a pas eu d’enfance facile, et qui est lui aussi devenu chasseur de vampires.
Sa route agitée va croiser certains des personnages principaux de notre histoire.

… Si l’impression de « déjà vu » peut affleurer parfois à la lecture de ce récit de Vampires « moderne », c’est que la série Vampire diaries (entre autre) a pas mal démocratisé cette manière de conter en flash back, et un Skinner Sweet pourrait quasiment être associé au frère Stephen dans la série sus-citée. D’autant plus qu’à la télévision, les ambiances d’époques et de décors sont aussi intimement liées au récit, faisant son charme.

Mais Scott Snyder rajoute beaucoup plus de punch et de fantastique dans son comics, avec la traque des créatures (« abominations ») évolutives au fil des siècles. Ces bestioles cachées le jour dans des corps d’hommes et dévoilant leur monstruosité ensuite, armées de griffes aussi longues que leurs bras est un atout supplémentaire non vu ailleurs.
Des détails comme le traitement du racisme à la Nouvelle Orléans, dans le dernier épisode "The Nocturnes", dessiné par Roger Cruz et Riccardo Burchielli, et mettant en scène un vampire noir, permettent aussi d’importer un peu de suggestion politique à un récit purement d’entertainment en surface.

C’est tout ce que l’on aime dans American vampire. Et c’est pour cela que l’on attend avec impatience le tome 5.


Voir des planches de bernet sur le site Urban comics.

dimanche 12 janvier 2014

Meilleurs voeux !

Wo wo woooh !

Il est temps de reprendre les chroniques, et surtout...
de vous souhaiter les vœux.

Aussi, au nom de toute l'équipe, je vous adresse nos meilleures pensées pour cette nouvelle année 2014.

Qu'elle soit positive, et surtout..  remplie de plein de livres, bande dessinées, 
comics, mangas! 

Hectorvadair
:-)



Analyses