vendredi 7 décembre 2012

Swamp thing de Snyder : la sève à la bouche

Olsen, ou Holland ?...
Swamp thing, de sève et de cendre (T1)
Scott Snyder, Yanique Paquette Marco Rudy
Urban comics
Oct 2012

Alec Holland, personnage historique de cette série fantastique créée dans les années 70 par Lein et Wrightson*,  a ressucité  suite aux épisodes crossover "Brightest day" et "the search for swamp thing".

Dans cette relance écrite par Scott Snyder (American Vampire, Batman la cour des hiboux), Alex Olsen est le "remplaçant" factuel d'Holland, au service de la sève qui est une force végétale violente, symbole de la vie, regroupant arbres, lianes, herbes...
Celle-ci rappelle Holland afin de l'aider à lutter contre une force sèche et pourissante, symbole de la mort, qui a déjà à ses côtés quelques humains zombifiés et William, leur chef, un jeune garçon atteint d'une maladie grave qui le rend allergique à la chlorophyle.

Abigail Arcane, la demi soeur de William, hésite entre son attraction vers le côté obscur et son amour "passé" pour la créature des marais, (où l'homme derrière la chose...Olsen ou Holland ?...)
Alec Holland, dont les souvenirs difficiles dans la peau de Swamp thing appellent à la prudence se décidera t'il au sacrifice de chair pour sauver les valeurs qui sont les siennes ?

Dans cette première partie d'un récit prévu en deux tomes, Snyder nous délecte d'une trame alléchante, où la Sève, entité biologique végétale, finalement assez fragile est la nouvelle grande trouvaille, tandis que le monstre pourrissant semble incontrôlable et surpuissant. Les mouches et zombies qui l'entourent indiquent les précédents macabres et gores des autres récits de l'auteur, mais son respect pour l'oeuvre de Lein, et Moore, autre scénariste de la série, permet une relance intéressante.

La suite devrait conclure de belle manière ce comics de légende.

(*) Alec Holland, jeune professeur ayant découvert un produit chimique permettant de synthétiser la chlorophyle, meurt suite à l'une de ses expérience, et se jette en feu dans les marais, devenant the Swamp thing, la créature des marais, faite de mousse et de branches...

samedi 1 décembre 2012

"Bouncer to hell" : jeu de main, jeu de villain !

Bouncer T8 : To hell
Jodorowski/Boucq
Glénat, Nov 2012

Dans ce nouvel épisode, Bouncer, assistant shérif alcolo dans la petite bourgade où on l'avait laissé (ça vous rappelle quelqu'un ?) est tiré de sa partie de poker à L'Infernio par le crime odieux commis sur deux de ses amis.
Parmi eux : une jeune indienne, qui a été transpercée de part en part alors qu'elle était enceinte.
Les coupables :  une bande de corrompus, provenant d'un pénitencier se situant en plein milieu d'un désert accidenté, et dont l'unique accès se fait par le biais d'une voie ferrée longue de plusieurs kilomètres. A la tête de ces bourreaux, le fils dégénéré du patron du pénitencier.
..Autant dire que Bouncer aura fort à faire pour rendre justice..

Commençant par une action dans le présent avec une fuite haletante de Bouncer dans la montagne enneigée, pour échapper aux loups, ce récit donne d'entrée le ton : la survie sera difficile. La suite nous étant comptée tout d'abord sous la forme d'un flash-back avant de revenir au présent direct.

Jodorowski a pondu là un scénario bien sec et tendu, et si on avait déjà apprécié les précédents épisodes de ce qu'il est convenu d'appeler dores et déjà le nouveau classique du western en bande dessinée, (western "adulte" et gore s'il en est*), il s'est particulièrement fait plaisir avec cette nouvelle aventure, qui a changé d'éditeur au passage. Boucq nous ravit quant à lui avec son dessin semi réaliste, qui rappelera les grandes heures d'autres récits comme "Bouche du diable" par exemple.
Un prochain tome nous invite à lire la suite. Le rendez-vous est bien sûr pris avec grand plaisir !

(*) ...La scène où Bouncer se sert d'une main décharnée de cadavre pour éborgner son adversaire restera dans les annales du gore...

samedi 24 novembre 2012

Joe l'aventure intérieure

Joe l'aventure intérieure
Grant Morrison/Sean Murphy
Urban comics
Octobre 2012

Comics particulier ce que Joe the barbarian, (titre original), fleurtant vers la SF tendance enfantine, mais avec un côté hallucinatoire (féérique ?) quelque peu adulte et dramatique.
Le mag Comicbox, dans son n°79  décrit rapidement  le terreau des influences de cette histoire (Little nemo, Mice templar, Tellos...), mettant en scène un garçon diabétique, qui vit isolé auprès de ses pairs collégiens, et qui se réfugie dans un monde imaginaire :
Les soldats de la chambre où il se réfugie, dans les combles de sa maison, prennent vie, tout comme Jack, son rat domestique.
Tous ces personnages deviennent les soldats d'un film d'heroic fantasy dans lequel Joe va apprendre à combattre, à se révéler.. mais sans super héroisme.
C'est justement ce qui différencie Joe d'autres comics du genre.

J'aurais rajouté "Bucky" aux influences déjà citées, et aurais aussi tendance pour ma part à le rapprocher de l'univers de The Books of magic de Neil Gaiman, sans doute pas cité par Comic box, car...(toujours) pas traduit en français. (...)

Il n'en reste pas moins, que malgré un sentiment de trop plein (de personnages entre autres, et sur un nombre de pages (trop ?) élevées), Joe l'aventure intérieure offre dans l'ensemble un bon moment de divertissement coloré, sans facilités.

Et c'est déjà pas mal.

Lire les notes et des bonus graphiques de Sean Murphy sur le site Urbancomics.

vendredi 2 novembre 2012

Héraklès : épreuve réussie !


Héraklès,
tome 1
Edouard Cour
AKiléos, Juin 2012

Régulièrement, la bande dessinée suit des effets de mode et on retrouve en rayons des dizaines de titres surfant sur les mêmes thématiques. Celle-ci a été ainsi il y a quelques années aux Cow boys, aux Vampires, puis subrepticement, un ou deux titres ont abordé l'antiquité et le péplum. L'Age de bronze (Akileos, 2004- en cours...), et Gilgamesh (Dargaud 2004) étant deux exemples de ce que le média a pu produire de plus sympathique en la matière, même si on n'oubliera ni les séries classiques, (Alix, Murena, Vae victis, Thiresias...) ni des choses davantage placées sous le sceau de l'humour (Socrate le demi-chien,..)
Plus récemment, les récits mélant fantasy et antiquité ont débarqué et les titres sont nombreux. Zoo mag s'en est d'ailleurs fait l'écho dans un de ses derniers numéros (#42, Septembre 2012)

Heraklès en ce qui le concerne est plutôt à ranger dans la catégorie des adaptations bien senties d'oeuvres classiques : l'histoire d'Alcide d'Argolide, fils de Zeux et D'Akmène, donc demi-dieu, qui devra réussir 12 épreuves afin de prouver sa valeur et résider auprès des dieux sous le nom d'Heraklès ("la goire d'héra"). C'est une histoire connue, entre autre via le cinéma grâce aux adaptations peplum sous le titre "les douze travaux d'Hercule", d'après le nom romain du personnage.

Image tirée du blog de l'auteur ©Edouard Cour
On pourra rapprocher cet album, tant au niveau du dessin que de sa faculté à amener du neuf avec du vieux, du "Gilgamesh" précédemment cité de Duchazeau : même finesse artistique, même savant dosage entre séreux documenté, respect des allégories et humour bon enfant.
Ce tome 1 retraçant les huit premières épreuves du demi dieu possède donc toutes les qualités du bel ouvrage : 154 pages aux couleurs étranges, tantôt tièdes ou apaisantes : vert pâle, jaune, orange, ...blanc !), recouvrant un dessin au trait charbonneux agréable,  non encré. Une mise en page réussie, au rythme soutenu, sans fausses notes. Le tout sur un papier fortement gramé, et dans un format roman graphique.
Telle est la teneur de cet Héraklès d'Edouar Cour, jeune designer graphiste de talent qui signe là son premier album BD. 

On attend la suite, pour la savourer et la ranger en bonne place auprès d'oeuvres du même tonneau*

(* Et pourquoi pas, malgré un registre plus fouillé, auprès du superbe "Grangousiers", de Gabriel Delmas, lui aussi graphiste.)


mardi 30 octobre 2012

La Grande odalisque : il n'y a rien en trop !

La Grande odalisque
Vivès, Ruppert et Mulot
Dupuis
2012

Bastien Vivès est un fou, ou un demi dieu.. ou les deux à la fois !
Un fou génial, qui s'est associé à deux autres : Ruppert et Mulot, pour développer une histoire incroyable et au charme fou.

...Bastien vivès a débuté en 2007 chez Casterman et son label "indépendant" KSTR, mais c'est concrètement en 2008 qu'il defraie la chronique avec un récit tout à fait original se déroulant dans une  piscine : "le goût du chlore". Puis c'est Polina, qui en 2011 le replace sous les feux des projecteurs. Mais Bastien Vivès veut casser plus avant les codes, un peu comme un Blutch auquel on pourrait comparer ses chemins buissoniers malgré leurs styles graphiques bien différents. Très productif et se laissant aller à des envies plus personnelles, il présente en 2011 "Les melons de la colère", un récit fantasmagorique à l'érotisme presque gênant.
Les codes de la bande dessinée sont bousculés, au moins dans le scénario, et Vivès nous faire revivre quelques grandes heures du média des années 70, celles d'auteurs remarquables comme ; Crepax, Pichard, Guy Palleart ou Forest.

De leur côté, Florent Ruppert et Jérôme Mulot, venus du milieu alternatif des fanzines, ont développé un univers complétement déjanté, décalé, fait d'enchevêtrement de phylactères verticaux, de petits traits et personnages, impliqués (imbriqués) dans des scénarios tout aussi ahurissant, en mélangeant l'art du troisième degré et un humour non sensique, plus british que français.
La rencontre des deux abouti aujourd'hui à cette Grande odalisque, où l'on se dit que Vivès a du se demander pourquoi des films comme Mission impossible ou James bond grand cru ne seraient pas transposables sur papier, les scènes d'action ne devant rien aux plus grand récits américains du genre. Mais l'érotisme est encore là, bien là, et bien moderne.
Image tirée du site de Ruppert et Mulot

Résultat :  l'histoire des ces trois jeunes femmes très mignonnes, plus ou moins lesbiennes, qui se sont spécialisées dans le haut vol (dans le sens propre comme figuré) dépasse toutes les espérances.
N'est-ce pas Pravda la surviveuse sur sa moto, qui dévale les escaliers du Louvre et se propulse au dessus de sa pyramide ? ; n'est-ce pas Barbarella, qui vole sur son deltaplane ?... les "Drôles de dames" qui descendent à elles toutes seules un cartel de drogue mexicain ?; ou bien la bande japonaise de Cat's eyes qui s'introduit dans les plus grands palais pour voler des toiles de maîtres ?

Les années 70 et 80 sont donc très présentes dans cet album, malgrès sa modernité toute française, présenté dans l'écrin grand format de la collection Aire libre.
Album nerveux étonnant, qui, non content de dérouler un récit au suspens bien tendu, nous donne du plaisir du début jusqu'à la toute fin, avec son lot de drame en bonus.

Bravissimo !

A voir: le site de Ruppert et Mulot
Le blog de Bastien Vivès

mercredi 17 octobre 2012

Batman au balcon, DC sur des charbons ardents.

Batman sombre reflet tome 1
Scott Snyder/Jock, Francesco Francavilla
Urban comics
Février 2012

Bruce Wayne, Batman "historique" n'est plus, c'est Dick Grayson qui le remplace, assisté de Tim Drake, alias Red Robin. Tout cela est très bien expliqué dans l'introduction de ce nouvel épisode de la sage Batman, qui suit la chronologie des évènements de l'univers Dc, et en l'occurrence le chapitre "Final crisis". (voir ce titre, et la ligne de temps sur le site Urban).

Dans "sombre reflet", titre indépendant des autres sorties de ces derniers mois, dont : "Batman Knightfall", et "la revanche de Bane", qui ont inspiré le dernier film cinéma (pour ceux qui ne suivent Batman que sur grand écran), Batman retrouve l'inspecteur Gordon, et doit mener à bien une enquête basée sur le vol et la mise aux enchères de pièces à conviction dangereuses liées à des affaires criminelles particulièrement dures. Parmi celles-ci, un composant chimique qui fait muter les personnes l'absorbant en créatures animales féroces...Le "Priseur" homme inconnu de Batman semble être un maillon de cette secte.
L'inspecteur Gordon, aidé de sa fille Barbara (Oracle), est quant à lui confronté à son passé, du fait du retour de son fils James, déclaré psychopathe, et accusé entre autre du crime d'une amie alors qu'il était enfant.
Toutes ses affaires pourraient être liées...

Scott Snyder, (American vampire) a fait ses preuves de scénariste, et il ne fait aucun doute qu'il sait raconter des histoires.
Jock dans le premier chapitre de ce tome 1 sert un dessin oscillant en style entre un Bill Sienckiewicz et un Jae Lee, (donc superbe), quant à Francavilla, dans un registre beaucoup plus rétro, il rappellera aux connaisseurs le trait 50's d'Alex Toth.
Que du bonheur donc.

...Urban a su trouver sa place suite à la perte de la licence DC chez Panini, et continue à publier l'éditeur historique dans des comics de qualité, et à flux constant. Personne ne s'en plaindra, surtout vu le rapport qualité prix des ouvrages.  Ceci dit, on lui reprochera, pour cette fois seulement (?) de nous décevoir sur l'intérieur du bouquin avec une police de caractère de taille 8 dans les dialogues off, qui est pratiquement illisible. Comment une si belle édition cartonnée a pu intégrer une si bête erreur de mise en page ?
Espérons que les prochains tirages pourront la corriger, sinon il faudra réserver ces lectures aux porteurs de lunettes grossissantes.

Voir le catalogue Batman d'Urban comics

mardi 16 octobre 2012

Doggy bags : Run fiction !

Doggy bags
volume 2
Run, Ozanam, Kieran, Guillaume Singelin, Mathieu Bablet
Ankama, label 6 I 9 (Avril 2012)

Run, auteur, graphiste, scénariste passionné de cultures latino, pulp, series B, et responsable dés 2003 du best seller Mutafukaz, a lancé en 2008 le label 6I9 chez Ankama.
C'est là qu'il a créé Doggy baggs, un concept de petits comics souples dos carré compilant à chaque fois trois histoires originales, d'auteurs français, dans un style BD de gare US, donc très pulp.
Le truc en plus, c'est une maquette super soignée, de la couleur, du bon papier, des couvertures qui explosent au visage et des récits sans concession, tirés plus ou moins de faits réels, dont on nous propose quelques détails résumés en exergue.

Déjà deux tomes, et une furieuse envie d'en lire davantage, parce que Run a su écrire de très bonnes histoires, pleines d'humour sarcastique, et trouver d'excellentes équipes de dessinateurs.
Du pulp de ce niveau, et français, on en redemande !
A réserver aux publics adultes par contre, parce que le ton libre inclus sexe, violence, sang et immoralité.

Tout est bon chez 6I9 ? (6 vs 9 : l'homme contre le diable ?)

> Disponible chez Nebular store, en tous les cas !

A voir : la page du label Ankama 619 

La chronique vidéo de Momaille (Comicsplace)

Le teaser du tome 2 sur youtube

L'interview de Run sur Actua BD


Analyses